Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Jardinier de Dieu

Jardinier de Dieu

Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


Dimanche de la divine miséricorde

Publié par Roland Cazalis, compagnon jésuite sur 10 Avril 2021, 13:30pm

Catégories : #homelie_cazalis

Thomas confesse son incapacité à donner crédit aux dires de ses compagnons apôtres au sujet du Ressuscité.
 
Ce n’est ni un caprice, ni de la mauvaise volonté, mais une confession.
 
Dans le groupe des apôtres, il y a plusieurs figures ou lignes.
 
Nous connaissons la figure de Pierre, la figure de Jean, la figure de Juda.
 
Il y a aussi la figure de Thomas, surtout soulignée dans l’évangile de Jean, où il fait plusieurs interventions particulières :
 
Il dit « allons –y nous aussi pour mourir avec lui à Béthanie » quand Jésus manifeste le désir d’aller en ce lieu au chevet de Lazare (Jn 11, 19)
 
Lors de la sainte cène, il dit « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas, comment pourrions-nous en savoir le chemin ? ».
 
Sa dernière intervention est en fait la conclusive où il confesse sa foi en disant « Mon Seigneur et mon Dieu ».
 
C’est une figure plus complexe que celle de l’incrédulité.
 
Alors, d’un côté, il y a l’impossibilité de donner crédit à des paroles d’autrui, des gens se présentant comme des témoins.
 
Ce refus ou ce retrait quand il s’agit d’accorder du crédit à la parole de témoins existe à l’intérieur de l’Église, y compris parmi le clergé.
 
Le refus d’accorder du crédit à l’Eglise, donc en pratique, aux paroles que porte l’Eglise, existe bien évidemment à l’extérieur de l’Église.
 
De l’autre, il y a « la faiblesse de croire » ! Là, je reprends le titre d’un ouvrage de Michel de Certeau (1987), - un jésuite philosophe, historien, anthropologue, théologien-, un ouvrage consacré à l’anthropologie du croire et à la théologie de la faiblesse de croire.
 
D’après de Certeau, le croire chrétien, et probablement tout croire, est marqué du signe de la faiblesse, car je ne sais pas démontrer pourquoi je crois, parce que l’interprétation du récit est risquée, parce que le croire n’est pas une donnée, mais une tâche à accomplir.
 
Je dois donc récuser les tentations de la preuve. La recherche de la preuve étant la tentation la plus persistante dans notre société moderne, puisque l’on cherche à scientifier le croire.
 
Sur cette base et avec Michel de Certeau, le croire n’est donc pas un savoir, mais une pratique.
 
En outre, on ne croit pas tout seul, car le croire établit un rapport à l’autre par la médiation de l’institution qu’est l’Église
 
Croire est donc une manière d’être pour l’homme ; ce n’est pas une option, mais une manière d’être, puisque c’est une pratique.
 
L’acte de croire est une pratique de l’autre ; l’autre et le sens sont liés. Le sens advient via l’autre. Dans le cas de Dieu, l’autre est le sens.
 
Michel de Certeau définit le croire aussi comme une « pratique de la différence », où tout homme croit pour vivre, fait confiance à autrui pour vivre.
 
Croire c’est recevoir d’un autre. La place de l’autre doit donc rester ouverte ; elle doit rester inoccupée, libre de la preuve ou le savoir.
 
Le sujet ne peut pas faire autrement ; il ne peut que s’en remettre à l’autre sans vérifier si l’autre dit vrai.
 
En conséquence, la preuve empêche la pratique de la différence et empêche de vivre ou dispense de vivre.
 
Alors, le Ressuscité revient pour Thomas ; il est capable de revenir pour une seule personne, pour qu’elle ne reste pas isolée dans son doute. Voilà un autre signe de la divine miséricorde.
 
Le Ressuscité souffle sur eux et dit « Recevez l’Esprit Saint ».
 
Il y aura la Pentecôte, mais il ne sera plus physiquement avec eux. Il leur donne donc le sens le la mission que va engendrer le don de l’Esprit.
 
Quant à la première communauté chrétienne, les Actes nous montrent l’unanimité de l’Esprit qui l’anime, même s’il y aura des problèmes. Les Actes en témoignent, les lettres de Paul en témoignent également.
 
Néanmoins, la communauté a su dépasser les difficultés et répondre à la mission qui lui était assignée ; nous sommes ici pour en témoigner.
Roland Cazalis, compagnon jésuite

Ac 4, 32-35 ; Ps 117 (118), 2-4, 16ab-18, 22-24 ; 1 Jn 5, 1-6 ; Jn 20, 19-31

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Articles récents