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Jardinier de Dieu

Jardinier de Dieu

Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


Dimanche 21 novembre 2021 - Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l'Univers

Publié par Roland Cazalis, compagnon jésuite sur 20 Novembre 2021, 17:35pm

Catégories : #homelie_cazalis

La fête du Christ Roi clôt le temps liturgique ordinaire dont c’est la dernière semaine, avant de commencer un nouveau cycle avec le temps de l’avent.

 

C’est une fête qui permet de récapituler tous les grands mystères que nous avons traversés au cours de cette année. Tous ces mystères se récapitulent en la personne du Christ qui a une dimension historique et cosmique.

 

Il faut se rendre compte que sans la venue du Christ, la foi d’Abraham ne serait que du récit.

 

Sans la venue du Christ, la bible ne serait qu’un ensemble de récits. Autant lire Tolkien, c’est plus féérique et c’est solide, sur le plan littéraire.

 

Néanmoins, cette éventualité ne pouvait pas se produire, car la foi d’Abraham se fonde dans le jour du Christ et sans le connaître. C’est Jésus même qui en témoigne, qu’Abraham a vu mon jour et s’en est réjoui (Jn 8, 66).

 

 Sans la venue du Christ, il ne nous resterait que les voies philosophiques, comme celle de la Grèce antique, puisque c’est en Europe, comme chemins de salut, à la force des poignets, par des pratiques ascétiques.

 

Mais dans ce cas, l’homme serait seulement avec lui-même, lui qui est fait pour l’altérité.

 

Nous serions alors confrontés à un déficit d’être, à une faim aiguë de l’être, soit une souffrance métaphysique des plus vertigineuses.

 

 Mais voilà, ce cauchemar n’est que fantomatique, car le Christ est venu. Et c’est cela le salut ! Jésus l’a exprimé de manière locale en disant « le règne de Dieu ou de cieux est arrivé chez vous, pour vous ».

 

Si vous n’avez pas encore saisi l’importance de cet événement, alors il y a des prises de conscience à faire sur le mystère du monde.

 

En conséquence, nous devons célébrer l’eucharistie sans jamais nous habituer à cet avènement, pour qu’il grade sa nouveauté, et pour ne pas oublier, ou pour éviter que quelque chose d’autre ne s’immisce dans notre conscience et nous impose sa primauté.

 

La fête du Christ Roi nous demande de prendre de la distance par rapport à la notion de royauté ou de roi, telle que nous l’entendons aujourd’hui.

 

Le Christ Roi de l’univers fait référence à ce qu’est le Christ dans l’histoire du monde et dans l’histoire du cosmos.

 

Il est structurant de l’histoire du cosmos.

 

Prenons comme métaphore du commencement, le « Que soit ! » du livre de la genèse quand Dieu appelle le monde à l’existence.

 

Du point de vue du modèle cosmologique qui nous sert de repère, le plus loin que nous savons remonter est le big bang ; mais rien ne prouve que le « Que soit ! » correspond au big bang. Le problème c’est que nous ne savons pas remonter plus loin ; avant le big bang, la route est barrée ! Voilà qui est très bien, car cela nous évite de spéculer sur le commencement.

 

De même, nous savons que dans 5 milliards d’années, notre étoile, le soleil, tirera sa révérence après de bons et loyaux services, ce pour quoi nous lui serons éternellement reconnaissants d’avoir été un si bon serviteur du monde de la vie.

 

Mais rien ne dit que cette tombée de rideau qui verra le soleil se retirer dans les coulisses correspondra au temps de la récapitulation dans le Christ. Le futur est ouvert à la décision de Dieu ! Voilà qui est très bien, car cela nous évite de spéculer sur le temps des fins dernières.

 

Entre les deux ouverts qui bornent notre savoir a lieu l’événement Christ.

 

Du point de vue chronologique, ou de l’histoire du monde, le Christ est la réalité vers laquelle convergent toutes les lignes de force du passé en provenance du « Que soit ! » pour être lancées dans le futur et converger ensuite vers la récapitulation, comme l’a théorisé Paul de Tarse.

 

Du point de vue du fondement, le Christ est la ligne qui va du « Que soit ! » à la récapitulation. C’est lui qui fait le lien entre le « Que soit ! » et la récapitulation, car avant il était, et à la fin il y  sera, et au milieu il y est ! Il est celui que l’histoire désire, d’où la famine essentielle qu’engendrerait sa non-venue. Encore une fois, cette dernière alternative est une hypothèse fantôme.

 

Voilà pourquoi le Christ est structurant de notre histoire, de l’histoire du monde.

 

Voilà le premier sens que nous pouvons donner à cette appellation « roi de l’univers ».

 

Son avènement est également l’instauration du Royaume.

 

Qu’est-ce que le Royaume ?

 

Le Royaume est notre monde de la vie, notre culture humaine, dans laquelle nous incorporons les autres composants de la biosphère au sein de laquelle nous avons une place et un rôle éminents. Il s’agit de notre culture humaine ainsi comprise, mais sous le règne des béatitudes.

 

Le Royaume est en phase de déploiement, de manières asynchrones dans le monde, mais en déploiement quand même, où la compassion est appelée à se déployer, où la justice est appelée à se développer, où les doux apporteront la paix autour d’eux, etc.

 

Un monde, sous le règne des béatitudes, qui devient plus fluide, où la souffrance inutile recule, où les morts inutiles régressent, où l’injustice s’efface, etc.

 

C’est un grand et beau projet qui doit faire envie. Par le Christ, c’est possible.

 

Le Royaume progresse, et cela fait envie à ceux qui vivent des situations implacables ici ou ailleurs ou dans des zones sans futur immédiat.

 

La dynamique du Royaume est un autre aspect de la royauté du Christ, car à sa suite, la vie sur Terre peut devenir une vie bonne. En d’autres termes, le Royaume est la dimension diachronique du salut ; un salut qui se déploie dans le temps de l’histoire, avant la fin de l’histoire.

 

À la fin de l’histoire, le salut sera pleinement réalisé.

 

Nous prenons conscience que la dynamique du Royaume implique également la gestion du dérèglement climatique pour éviter des souffrances inutiles. Sur ce point, il faut prêcher par l’exemple et non plus par des discours. Dans ce challenge, l’Europe a tous les atouts pour prêcher par l’exemple, c.-à-d. en commençant à agir, ici et maintenant.

 

Alors, on dira, « voyez comme ils font », cela voudra dire que leur comportement fait envie, comme on disait « voyez comme ils s’aiment » en parlant des premières communautés chrétiennes, cela voulait dire que cela faisait envie.

Roland Cazalis, compagnon jésuite

Dn 7, 13-14 ; Ps 92 (93), 1abc, 1d-2, 5 ; Ap 1, 5-8 ; Jn 18, 33b-37

Merci à l'auteur de ce dessin

 

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