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Jardinier de Dieu

Jardinier de Dieu

Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


5e dimanche de carême, année B - Dimanche 21 mars 2021

Publié par Roland Cazalis, compagnon jésuite sur 20 Mars 2021, 15:13pm

Catégories : #homelie_cazalis

Dans le passage de Jean qui nous est proposé, nous avons un événement assez unique, car c’est la seule fois dans les évangiles qu’est mentionnée la présence de Grecs, montés à Jérusalem pour la Pâque.
 
On ne sait d’où ils connaissent Jésus, si c’est sur place ou bien avant. Pour évoquer une image, on ne sait quel genre de nouveaux rois mages ils sont.
 
J’aimerais tant que cette rencontre ait lieu pour connaître les paroles échangées et le vrai motif de leur présence à Jérusalem.
 
Jésus ne donne pas suite à leur demande, d’après ce que nous rapporte le récit, mais il s’adresse à ses disciples pour leur parler de l’heure, l’heure du fils de l’homme.
 
On dirait que la présence des Grecs à Jérusalem est une parabole de l’arrivée des païens dans l’Église.
 
Cette arrivée est comme un signe ou un signal de l’heure. Ensuite, tout le discours tourne autour de l’événement-heure, avec la gravité de cet événement comme décision à prendre au point d’avoir l’âme troublée.
 
Cette heure est comme l’heure de tomber en terre pour le grain de blé.
 
Jean fait des incrustations d’événements futurs dans le présent, comme ceux qui vont se dérouler au jardin des Oliviers.
 
Parfois, dans certains films de science-fiction, on utilise ce procédé. Le spectateur ne comprend pas tout de suite ces scènes, mais les mémorise.
 
Ce genre cinématographique est très efficace, car pendant que le cerveau essaie de comprendre ces scènes discordantes dans la trame du film, l’histoire avance et le spectateur suit l’histoire. Néanmoins, en arrière-fond, le cerveau continue de chercher le sens de ces citations qui viennent en flash-back ou en anticipation dans le présent.
 
Finalement, quand l’heure de ces scènes arrive, c’est-à-dire quand ils se produisent dans leur contexte, à l’heure dite, alors leur signification est démultipliée.
 
Ce genre de scène n’a plus d’effet sur nous si nous avons déjà vu le film.
 
Si la présence des Grecs est un signe ou un signal, Jésus reste le maître du temps puisque l’heure exacte est dictée par sa mort et sa résurrection.
 
Sa mort et sa résurrection vont apporter le salut, y compris aux païens qui sont déjà là à Jérusalem.
 
L’heure exacte est l’heure du salut pour tous.
 
Voilà pourquoi, lors de la Passion du Christ, nous sommes comme les disciples, en tout cas, comme ceux qui n’ont pas pris la fuite ou ceux qui n’avaient pas d’autre chose plus importante à faire.
 
Nous sommes comme ces disciples, nous accompagnons le Christ dans sa Passion.
 
Puis, nous attendons sa résurrection, ne serait-ce qu’en nous disant que cette histoire n’est pas terminée. Notre cœur nous dit que cette histoire n’est pas terminée, bien que nous n’ayons aucune preuve de cette espérance.
 
La Passion du Christ est un temps de silence et d’effroi pour ceux qui sont réellement avec lui. Puis, ils attendent le dénouement de l’histoire qui n’est pas la mort en croix.
 
Si le silence et l’effroi sont suffisamment intenses, alors ils nous creusent si profondément que la scène du tombeau vide a l’effet d’un coup de tonnerre ou d’un éclair qui illumine le sens en nous, aujourd’hui.
 
Notre problème, c’est que nous savons trop de choses. Nous les savons avant même que nous les ayons vécues. Du coup, il n’est plus nécessaire de se déplacer pour aller constater que le tombeau est vraiment vide. 
 
Alors, l’image du grain de blé qui tombe en terre est également très efficace pour parler de l’heure.
 
En réalité, si le grain de blé ou n’importe quelle céréale ne tombe en terre, il finit par mourir, autrement dit, l’embryon meurt.
 
Tant que l’embryon, qui vit au ralenti, est vivant, le grain est susceptible de germer.
 
Si le grain tombe en terre, alors la vie en germe en lui se déploie et se multiple en plante et épis.
 
Donc, si le grain de blé tombe en terre, il ne meurt pas ; au contraire, la vie se démultiplie en lui.
 
Si l’embryon meurt, faute d’être tombé en terre à son heure, alors, restent les réserves, destinées à l’embryon dans ses premiers temps de germination. Elles sont encore utilisables pour faire de la farine qui pourra soutenir une autre vie à défaut de donner la vie.
 
Tomber en terre à son heure pour le grain revient à tomber dans la bonne terre pour accomplir ce pour quoi il est fait.
 
Pour le Christ, vivre sa trajectoire pour laquelle il est venu accomplit la même chose.
 
 
Dans la mesure où la vie n’a pas de contraire, l’obstacle que la vie peut rencontrer devant elle est l’adversité.
 
 Il y a l’adversité qui peut venir de l’extérieur ou de nos composants organiques qui dysfonctionnent.
 
Il y a l’adversité qui vient de nous-mêmes.
 
Dans cette rubrique, notons le paradoxe qui consiste à vouloir se garder ; c.-à-d. à ne pas tomber en terre ou à le faire tout en contrôlant les événements de manière à ne pas se faire emporter par la vie.
 
Il ne nous reste plus qu’à nous nourrir, à engranger des nutriments à notre portée de manière à devenir une graine encore plus importante et toujours plus grosse.
 
Pourquoi préférer l’amplification de soi à la vie? Est-ce parce que germer revient à se perdre en tant qu’embryon ? Ou est-ce parce que germer fait mal ? Ou quelles sont les autres raisons ?
 
Jean rapporte les hésitations du jardin des Oliviers pour bien montrer que la logique de l’heure ne va pas de soi.
 
Pour l’homme, c’est compliqué, mais dans les mains de Dieu, tout devient possible. Le Christ a épousé toute la condition humaine en lui ouvrant, à chaque étape, un chemin. Donc, par où il est passé, ceux qui le suivent peuvent aussi passer et sortir victorieux.
 
La plante céréalière, avec ses multiples épis, et dans chacun, des dizaines de graines, est la plus belle victoire de la graine qui est tombée en terre à son heure.
 
Et si vous arrachez la plante, vous verrez que la graine initiale est toujours là, à la base de la plante. Elle est devenue le mi-lieu entre la partie aérienne et la partie souterraine, le mi-lieu entre entre la phyllosphère et la rhizosphère.
Roland Cazalis, compagnon jésuite
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