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Jardinier de Dieu

Jardinier de Dieu

Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


Dimanche 7 novembre 2021

Publié par Roland Cazalis, compagnon jésuite sur 6 Novembre 2021, 13:36pm

Catégories : #homelie_cazalis

Les textes du jour mettent en scène des oppositions de figures.
 
Ainsi, le Christ dans son enseignement dit « gardez-vous des scribes », c.-à-d., portez le regard loin des scribes, ou détournez le regard des scribes.
 
C’est précisément ce qu’il fait, il détourne son regard des scribes, -eux ni n’ont de  cesse de faire des parades pour attirer le regard sur les places publiques comme dans les synagogues-, donc, il détourne son regard pour porter ce regard sur une veuve dans le temple, qui vient mettre son obole dans le trésor.
 
La mission des scribes à l’époque est de lire l’Écriture, de bien la connaître, de la copier, afin de la transmettre fidèlement.
 
Ce faisant, ils deviennent le réceptacle de l’Esprit de Dieu qui leur inspire les paroles de vie à transmettre au peuple.
 
Il s’agit donc d’un métier et d’une mission des plus nobles qui soient.
 
Être au service de Dieu est toujours un privilège qui a ses exigences, comme celle ou celui qui a reçu un don à la naissance et le met en œuvre pour le bien du peuple.
 
Le don de la musique, par exemple, c’est pour apporter de la beauté dans le monde, et pour nourrir l’âme des personnes qui sont sensibles à cet art. Mais c’est très exigeant au point d’être une école de vie.
 
Être scribe est aussi une école de vie.
 
Le service est toujours lié au don, et le don est toujours lié au service. C’est ainsi.
 
Si l’on quitte ce cercle vertueux, alors on commence à dysfonctionner par rapport au don et au service.
 
La diatribe du Christ sur les scribes, dont il finit par détourner le regard, signifie que ces derniers dysfonctionnent et font du tort aux autres. C’est ce dernier point qui est important et qui montre que nous ne sommes pas dans le registre de la morale.
 
Les scribes dysfonctionnent et sont devenus des dévorants.
 
Ils déambulent en tenue d’apparat pour happer les regards, sans s’intéresser à ceux qui les regardent.
 
Ils font semblant de prier, toujours dans le même objectif : happer les regards, happer l’attention.
 
Voilà une figure.
 
La veuve est une autre figure. Dans la culture biblique, la veuve, sauf exception, est une personne très vulnérable.
 
Quand il s’agit d’une jeune femme, son référent est son père et quand elle est mariée, son référent est son mari.
 
Quand elle est veuve, elle n’a plus de référent, sauf si elle a un fils en âge de la prendre en charge.
 
Si elle n’a pas de bien, alors elle est la vulnérabilité même, comme la veuve de Sarepta, car son fils n’est pas encore en mesure d’en prendre soin.
 
Une image qui m’est restée en mémoire, c’est quand les talibans prirent le pouvoir il y a 20 ans à Kaboul, les femmes sont tout d’un coup devenues des fantômes. Je me disais que ces insurgés ont aussi une mère. Comment est-il possible de traiter les gens ainsi au nom de Dieu ? Ce n’est pas acceptable.
 
Que les scribes errent, ou se prennent pour des tops modèles, ou qu’ils fassent semblant de prier, on pourrait dire, à la rigueur, tant pis pour eux, car le peuple n’est pas dupe, ils passent à côté de la vie.
 
Mais le fait que les veuves soient leur cible, comme Marc le souligne « ces dévoreurs des maisons des veuves » ou de la maisonnée des veuves, donc des dévoreurs de la famille. Cela indique une action violente et dévastatrice, un abus connu de tous.
 
Cette attitude ne passe pas pour le Christ, car ce n’est pas acceptable, voilà pourquoi ils devront rendre des comptes.
 
De même, on pourrait trouver des parallèles dans notre temps, des attitudes qui ne sont pas acceptables et qui atteint Dieu dans sa chair, car il partage la chair du monde ; en particulier, il partage la chair des personnes vulnérables.
 
Élie se tourne vers une veuve à Sarepta. Ils sont en pleine période de sécheresse et de disette.
 
Dieu se tourne vers des collaborateurs qui sont disponibles et peuvent donc entrer dans une démarche de foi et de confiance à l’instar de la demande d’Élie. Ce faisant, un chemin s’ouvre dans leur vie.
 
Dieu ne sait contraindre personne.
 
En revanche, si l’on mise sincèrement, si l’on s’engage sincèrement, sans garder un trésor en réserve au cas où, alors un chemin s’ouvre, et ce n’est pas le fait de miser sincèrement qui va vous appauvrir. Dieu pourvoit.
 
Si la veuve n’était pas entrée dans la démarche de foi et de confiance annoncée par Élie, elle serait certainement morte de faim avec son fils, comme d’autres ont sans doute connu ce sort funeste.
 
On comprend ce que partager signifie ici ; c’est forcément une part d’essentiel, non pas le superflu, ni ce dont je n’ai pas besoin.
 
Il s’agit bien d’une part d’essentiel, une part du vital.
 
Cet essentiel n’est pas forcément une réalité matérielle. C’est parfois le temps, son précieux temps.
 
Paul nous rappelle que le geste du Christ est de cet ordre, il a misé sa vie pour que la vie soit donnée à tous, pour que la vie soit restaurée.
Roland Cazalis

Rois 17,10-16. ; Psaume 146(145),7.8-9a.9bc-10. ; Hébreux 9,24-28. ; Marc 12,38-44.

Merci à l'auteur de cette photo

 

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