Jardinier de Dieu

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Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


Dimanche 15 janvier 2023

Publié par Roland Cazalis, compagnon jésuite sur 14 Janvier 2023, 21:17pm

Catégories : #homélie_cazalis, #homelie_cazalis

Le texte d’Isaïe que l’on nous propose, écrit vraisemblablement durant l’exil à Babylone, nous présente un récit de vocation, celle du prophète.
Nous avons donc l’appel, la profondeur de l’appel : « façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur ». Ainsi, la vocation est la racine de la vie du prophète ou de l’appelé.
 
La mission : « ramener Jacob, rassembler Israël, être lumière des nations ». Être appelé à une action avec et pour Dieu.
 
La liturgie a cru bon de supprimer le verset 4 que j’ai pris la liberté de remettre dans le texte du jour, car bien loin d’affaiblir le texte, il nous remet dans le réel et son moment de suspension du temps où le prophète est un peu dépité comme si toute la première partie de son engagement était passée par pertes et profits.
 
Ce moment de dépit est surmonté dès la fin du verset 4 et plus encore par la suite.
 
Sans la prise en compte de ce moment creux dans le texte, on n’est pas dans le vrai de l’histoire et de la vie du prophète.
 
La puissance du texte d’Isaïe, quand on est éduqué dans la tradition chrétienne, réside dans sa capacité d’anticipation ou de prémonition.
 
Isaïe fait voir, il fait entendre bien plus loin que lui-même, au point de disparaître, comme les lunettes que nous portons et qui nous font mieux voir.
 
Nous ne voyons pas les lunettes, nous voyons devant nous, en avant de nous-mêmes.
 
Ainsi, contrairement au nouveau télescope James Webb qui nous fait voir loin dans le passé, presque dans les faubourgs du big bang, si big bang il y eut, Isaïe nous fait voir loin dans le futur.
 
Dans cette optique, le verset 4 pourrait nous rappeler le moment de suspension du temps au mont des Oliviers, quand le Christ évoqua la possibilité que le calice passe loin de lui.
 
Ensuite, cette suspension est surmontée et le temps reprend son cours pour ne plus s’arrêter.
 
Si l’on s’amusait à épurer les Évangiles en éliminant ce moment de suspension du temps du mont des Oliviers, afin d’avoir un texte plus lisse, sans anicroche, on ne serait pas dans le vrai, nous ne pourrions pas nous identifier au Christ dans la vie réelle.
 
Ainsi, tout un chacun peut s’identifier au prophète, ou mieux au Christ, car quand on est appelé à marcher en présence de Dieu, on peut connaître une période creuse. Néanmoins, le temps peut reprendre son cours ; cet ‘après’ sera bien différent de l’‘avant’, et cet ‘après’ sera bien plus robuste que l’‘avant’.
 
Le temps s’est arrêté également pour les apôtres à la mort du Christ sur la croix ; ils se sont retrouvés dans un no man’s land, sans points de repère.
 
Néanmoins, le temps reprit son cours, différemment avec la résurrection du Christ.
 
Dans la mise en forme du témoignage de Jean-Baptiste par Jean l’évangéliste, ce dernier exprime cette reprise du cours du temps, à moins que cet aspect de son texte théologique le lui ait échappé. Il évoque en effet la reprise de la marche du temps avec le verbe ‘voir’, même si c’est Jean-Baptiste qui parle.
 
- J’ai vu l’Esprit
- J’ai vu et je rends témoignage.
 
Jean sait de quoi il parle avec ce ‘voir’. C’est en voyant le tombeau vide que le temps a repris sa marche pour lui.
Roland Cazalis, compagnon jésuite
Is 49, 3.5-6 ; Ps 39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd ; 1 Co 1, 1-3 ; Jn 1, 29-34
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