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Jardinier de Dieu

Jardinier de Dieu

Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


6e dimanche ordinaire, année B - « Si tu le veux, tu peux me purifier. »

Publié par Roland Cazalis, compagnon jésuite sur 13 Février 2021, 12:16pm

Catégories : #homelie_cazalis

De ces textes, je relève deux points. La triple peine du lépreux, orchestrée par les règlements du lévitique et du livre des nombres, et le mouvement intérieur du Christ à la demande de cet homme.
 
 
La triple peine du lépreux.
 
Tout d’abord, nous n’avons toujours pas éradiqué cette maladie contagieuse et multiséculaire qu’est la lèpre, causée par une bactérie, le Mycobacterium leprae. Néanmoins, nous disposons d’un traitement, une thérapie multi-médicamenteuse qui permet de guérir en quelques mois ; administrée en amont, la thérapie évite les dégâts causés par ce microorganisme.
 
Dans le cadre du monde biblique, en premier lieu, le lépreux est malade et les séquelles sont assez redoutables.
 
Deuxièmement, il doit « se dénoncer », ou avertir de son état : « impur ». Il perd son nom et son identité, même au sens physique du terme, il n’est plus qu’une « impureté ». Il paie sa dette, ou celle de ses parents.
 
Troisièmement, il est banni de la vie sociale. Éventuellement, il peut s’adjoindre à un groupe de lépreux, mais rien n’est moins sûr.
 
J’ai déjà abordé ce thème, celui de la rétribution. C’est la version du karma dans la culture sémitique.
 
Si vous êtes sourd, aveugle, ou muet, c’est en raison d’un péché commis par vous ou par vos ascendants.
 
Aux USA, cela donne la règle suivante, si vous êtes pauvre, c’est de votre faute, donc on a le droit de ne pas vous aider. Sinon, on participe à votre paresse, pour ne pas dire, à votre péché.
 
Je vous rappelle que la pensée de la rétribution à la dent dure. Il n’est pas facile de s’en défaire, car nous avons un sens inné de la justice, c.-à-d. que la faute a un coût social que l’on doit payer socialement.
 
Néanmoins, ce sens spontané de la justice n’intègre pas toujours le pardon, le nôtre ou celui de Dieu.
 
Donc, s’il n’y a pas de Dieu, le pardon de l’impardonnable ne peut avoir lieu, car personne n’a la puissance suffisante pour poser un tel acte.
 
C’est selon cette logique que l’on doit payer, car il n’y a pas d’intermédiaire ayant la puissance pour enlever la faute avant que celle-ci ne soit létale à son auteur.
 
La bible n’est pas un livre, mais une bibliothèque qui se déploie dans le temps. Son temps est celui des générations.
 
La bible organise elle-même la culture de la rétribution. Néanmoins, la bonne nouvelle est que la bible a également une capacité de résilience la permettant de sortir de l’ornière où elle s’est mise.
 
Par exemple, la culture de la rétribution est poussée jusqu’à l’absurde dans le livre de Job.
 
Job n’a commis aucune faute. Pourtant, il est malmené par les événements. Il perd tout, y compris sa famille.
 
On voit bien qu’il n’y a pas de relation de cause à effet entre les deux. Donc, cette logique de la rétribution est erronée.
 
En outre, après avoir tout perdu, pour le récompenser de sa fidélité, il reçoit même plus que ce qu’il a perdu, comme si les nouveaux fils pouvaient remplacer ceux qui sont morts.
 
Voilà une sortie de crise par une forme renversée de l’absurde, mais absurde quand même, car les gens ne sont pas substituables dans l’ordre de l’existence. Ils sont substituables dans une fonction, oui ; mais pas dans l’existence.
 
 
Finalement, la dernière capacité de résilience s’exprime dans les livres du NT, qui laissent entrevoir que, dans le monde du Dieu d’Abraham, d’Isaac et Jacob, le péché n’a pas cette puissance. Il y a des garde-fous qui l’empêchent de prospérer.
 
Quand quelqu’un est malade, c’est une occasion de plus pour manifester la puissance de Dieu par la guérison. En effet, le monde est libre, le monde n’est pas téléguidé par Dieu. Nous sommes libres. Néanmoins, celui qui se tourne vers Dieu, depuis sa liberté, peut trouver le salut. C’est le récit du lépreux de l’évangile de Marc.
 
Jésus dit parfois à un patient, « tes péchés sont pardonnés ». C’est aussi une manière de guérir le patient, ainsi que son entourage, de la pensée de la rétribution. S’il y avait un péché dans le passé, il est pardonné. On doit être guéri également dans ses représentations, dans son imaginaire.
 
Mais attention ; le péché a quelque chose de létal quand on s’y complaît, au lieu de s’amender, quand on se croit au-dessus des autres mortels, ou que l’on est au firmament du monde. C’est au moment où l’on s’attend le moins que l’on dégringole mortellement de son piédestal.
 
 
Le second point, c’est le mouvement interne du Christ.
 
Marc écrit que la demande de l’homme atteint de lèpre le remue jusqu’aux entrailles.
 
Ici, nous n’avons que le texte, nous n’avons pas l’expression de cet homme, qui au passage ne brave pas moins de trois interdits pour s’approcher du Christ, et c’est cette expression qui le touche.
 
Marc fait allusion à la sensibilité du Christ. Plus vous avez de la sensibilité, plus vous pouvez voir profondément dans l’autre, plus il devient transparent, plus on voit qui est qui.
 
Cet homme atteint de lèpre est dans la vérité de ce qu’il est. Il est dans ce qu’il demande, alors le Christ lui dit oui ! Ta demande est véridique.
 
C’est le même état de vérité dans laquelle se trouve cette femme, quand elle lui dit « les chiots mangent les miettes qui tombent de la table des enfants ». C’est le même pain, même si ce ne sont que des fragments.
Roland Cazalis, compagnon jésuite
Lv 13, 1-2.45-46 ; Ps 31 (32), 1-2, 5ab, 5c.11 ; 1 Co 10, 31 – 11, 1 ; Mc 1, 40-45
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