Jardinier de Dieu

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Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


Dimanche 6 novembre 2022

Publié par Roland Cazalis, compagnon jésuite sur 6 Novembre 2022, 19:20pm

Catégories : #homélie_cazalis

Le thème de la célébration comme point d’orgue à la semaine de la Toussaint est la doctrine de la résurrection, mais la doctrine chrétienne de la résurrection.
 
La croyance en la résurrection est exprimée dans le texte des Martyrs d’Israël ou livre des Maccabées.
 
Le contexte est le suivant. Suite au démembrement de l'empire d'Alexandre le Grand (356 - 323 av. J.-C), des monarchies hellénistiques vont se succéder (312 - 64 avant J.-C) en Orient.
 
À Jérusalem, il y a d’un côté les élites qui entretiennent de bons rapports avec le pouvoir et adoptent la nouvelle culture hellénistique en vogue en Orient. De l’autre, il y a le peuple qui vit dans le cadre traditionnel des valeurs du judaïsme, avec les marqueurs identitaires : circoncision, shabbat, règles alimentaires.
 
La transformation de la culture a des conséquences politiques et religieuses. Quand les nouvelles pratiques sont en contradiction avec la loi des Pères, elles suscitent la résistance et la persécution pour contrecarrer la résistance.
 
Dans ce contexte est formulée la croyance en la résurrection des justes qui met en échec la persécution, non sans payer le prix fort de sa personne, et fait sens avec la croyance en un Dieu juste et sauveur.
 
La mère et ses 7 fils sont les porte-parole de cette croyance ou cette doctrine.
 
Néanmoins, il ne s’agit pas de l’immortalité de l’âme, c.-à-d. l’âme qui serait par nature immortelle, car cette idée est grecque. Elle est défendue entre autres par Platon, le philosophe (428 / 427 - 348 / 347 av. J.-C) qui a de belles pages sur ce sujet dans le Phédon d'Elis notamment.
 
La conception grecque de l’immortalité qui est en arrière-fond de la culture occidentale fait office de première marche pour penser le concept chrétien de la résurrection.
 
En effet, la conception biblique de la résurrection n’est pas la Grecque.
 
Dans le monde biblique, l’être humain est une unité. Par conséquent, c’est la personne humaine dans son intégrité, âme et corps non séparés, qui est promise à une vie nouvelle.
 
Nous verrons cette croyance se densifier et se préciser dans le futur. Cette croyance n’est pas encore parvenue à sa maturité pleinement effective.
 
Les Pharisiens sont dans la ligne du récit de la première lecture.
 
Les Saducéens, en revanche, font preuve d’un rationalisme pragmatique.
 
Ils disent que si la personne revit, alors ses activités naturelles doivent revivre ainsi que ses relations qui font que nous avons une histoire, que nous sommes une histoire. D’où le cas théorique de la femme et ses 7 maris qu’ils évoquent pour signifier le problème que la possibilité de la résurrection provoquerait.
 
Les Saducéens évoquent donc le lévirat, un type particulier de mariage où le frère d'un défunt épouse la veuve de son frère, afin de poursuivre la lignée de son frère. Les enfants issus de ce remariage ont le même statut que les enfants du premier mari (Dt 28, 5-10).
 
Le lévirat et son corollaire le sororat (remariage d'un veuf avec la sœur de son épouse, en particulier lorsque cette dernière laisse des enfants en bas âge) ne sont pas qu’hébraïques ; ces coutumes existent dans d’autres cultures, même comme pratique non écrite. Cela nous donne une idée de la diversité des modes d’union dans le monde en fonction des cultures et des époques.
 
Pour les Saducéens, de deux choses l’une : soit la loi du lévirat n’a pas lieu d’être, soit l’idée de résurrection est fausse.
 
La question des Saducéens permet de faire progresser l’idée de la résurrection.
 
En contexte chrétien, il a bien résurrection des corps, mais ce corps n’appartiendra plus au monde - ci, mais au monde à venir. En d’autres termes, le corps est transfiguré et a désormais ses propres déterminations.
 
Le corps tel qu’il se donne à voir et à percevoir en ce monde –ci n’a pas fini son chemin de réalisation. Autrement dit, le moment organique est l’alpha, mais pas l’oméga de la personne ou du corps.
 
Nous avons en avant-propos, le corps du Ressuscité et ses déterminations propres, ou les déterminations du monde à venir.
 
En revanche, Lazare, la fille de Jaïre et les autres revenus à la vie, conservent les déterminations de ce monde - ci.
 
Alors, est-ce que la croyance en la résurrection des corps rend caduc le lévirat ou le sororat ?
 
Les relations en ce monde - ci : les relations conjugales, parentales, filiales, amicales, entrepreneuriales, sont des relations qui comptent, car elles nous permettent de nous réaliser. Elles ne sont pas perdues à la résurrection, car elles nous sont constitutives.
 
Nous nous rendons compte que les relations nous sont constitutives quand nous perdons un être cher ; le mal que cela nous fait.
 
Les relations de ce monde - ci ne sont pas perdues dans le monde à venir, elles sont aussi transfigurées dans le même mouvement.
 
Le problème des Saducéens est de penser les relations dans le monde à venir dans les mêmes termes que celles de ce monde - ci.
 
S’agissant d’avoir une descendance, chacun est libre de faire son choix, en fonction du temps, lieu et circonstance, car ce choix n’a pas de rapport avec la logique de la résurrection qui concerne en première analyse un individu.
 
Si nous devions faire une petite synthèse, nous dirions que la trajectoire humaine passe par la vie, la mort et la résurrection comme trois extases d’une unique existence.
 
Ces extases font irruption de trois lieux comme de trois portes étroites : naître, se remettre, se recevoir.
 
Naître : le sujet est dans les langes ou les vapes et contrôle peu de choses.
 
Se remettre ou rendre l’esprit est un acte volontaire et un acte de foi. Vous vous remettez à quelqu’un qui se porte garant de vous.
 
Ou alors, si vous n’avez pas la confiance, ou si vous n’avez personne à qui vous remettre et qui se porte garant de vous, alors vous persisterez jusqu’à l’extinction.
 
Se remettre est coûteux en termes de confiance ; cet acte ne va pas de soi, car personne ne veut se perdre.
 
Se recevoir est la grâce suprême ! De qui peut-elle venir si ce n’est de celui qui s’était porté garant ?
 
Les trois extases de l’existence permettent au sujet d’avancer vers les déterminations du monde à venir ou la pleine effectivité de l’agir, du vivre en Dieu, du vivre dans la vérité, de voir Dieu tel qu’il est parce que le sujet sera comme lui, parce qu’il sera pleinement vivant, etc. Toutes ces phrases sont plus ou moins synonymes.
 
Dans l’état de la croyance en la résurrection de la mère et ses 7 fils du livre des Maccabées, la résurrection du pécheur n’est pas envisagée ; au contraire, elle stipule même la disparition totale du pécheur.
 
Si je me réfère à ce que disait Maître Eckhart, il est plus généreux sur ce point. Il dit que le tout est de ressusciter avec le Christ ou sans lui. Autrement dit, ressusciter avec lui, ou le voir tel qu’il est, car il est la lumière que tout regard désire.
Roland Cazalis, compagnon jésuite
2 M 7, 1-2.9-14 ; Ps 16 (17), 1ab.3ab, 5-6, 8.15 ; 2 Th 2, 16 – 3, 5 ; Lc 20, 27-38
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