Jardinier de Dieu

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Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


Homélie 19 décembre 2021

Publié par Jean-Luc Fabre, compagnon jésuite sur 19 Décembre 2021, 13:40pm

Catégories : #Homélies

Nous ne sommes plus qu’à quelques jours de Noël. L’attente de la venue du Seigneur en nos vies, en notre monde, prend, de plus en plus, la forme de l’attente de la naissance de Jésus. La liturgie de ces jours, dans les évangiles retenus pour les messes à partir du 17 décembre, nous fait revivre tous les évènements qui ont précédés la venue au monde de Jésus et de son cousin, Jean le Baptiste, le plus grand parmi les fils des hommes. Ainsi, la venue de Jésus au monde n’est pas indépendante d’autres événements humains. Elle y est intrinsèquement reliée. Aujourd’hui, le mystère de la visitation s’offre à notre contemplation. Elle nous introduit au cœur même du mystère de la révélation du Dieu parmi les hommes, de l’Emmanuel.

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Ces jours sont ceux de la visite de l’Ange, ceux du « oui » de Marie au projet de Dieu « je suis la servante du Seigneur que tout m’advienne selon ta parole », ceux du commencement de la vie de Notre Seigneur en notre chair, dans les entrailles de Marie. Avec la visitation, la promesse prend ainsi dès le début la forme d’un aller vers, suivi d’une rencontre, d’une histoire qui se tisse à plusieurs, à égalité.

Une salutation, celle de l’Ange à Marie, entraine une autre salutation celle de Marie à Elisabeth. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth (Lc 1,40). Et une rencontre s’opère, par la réponse que fait Elisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. »(Lc 1,42). Le chemin de l’une éclaire le chemin de l’autre et réciproquement. Marie reçoit confirmation d’Elisabeth et Elisabeth reçoit confirmation de Marie. L’histoire se révèle tissée d’interdépendances. Il n’y a pas ceux qui savent d’un côté et ceux qui ne savent pas, de l’autre : chacun est instruit par l’autre.

Voilà ce en quoi consiste la bonne nouvelle du Christ. Le chemin de l’un se révèle fortement lié à celui de l’autre. Il n’y a jamais l’un sans l’autre. Depuis la présence du Christ en notre chair un destin commun s’ouvre en nous les hommes, à partir de chacun de nous, que nous nous considérions comme un grand homme ou un être insignifiant. Il n’y a plus de héros qui conduirait et d’autres qui suivraient. C’est une humanité en relations qui se met toute ensemble en mouvement. Nous percevons ce mouvement déjà au moment de la visitation dans la simple rencontre de ces deux femmes. Il en sera de même à la naissance où les Bergers, les pauvres d’Israël, et les sages, lointains et savants, seront convoqués par leurs propres chemins et tisseront ensemble, avec l’enfant Jésus et sa famille, la base d’une humanité réconciliée. Cela sera vrai avec tous ceux et toutes celles qui rencontreront Jésus qui accompagneront Jésus, sur les routes de Galilée, de Samarie et de Judée. Sinon comment comprendre que le Seigneur ne cesse de dire aux gens qu’il rencontre « Ta foi t’a sauvé », sinon parce que chacun initie la révélation, sinon parce que chacun est dépositaire d’une partie du trésor commun de l’humanité, qu’il peut partager et faire fructifier… Cela sera encore le cas lorsque le corps ecclésial naîtra après la mort et la résurrection du Seigneur. C’est aussi le cas pour nous aujourd’hui. Soyons certains de notre propre dignité, soyons aussi certains de la dignité de chacun de nos frères et de nos sœurs. La venue du Seigneur en notre chair ensemence cette bonne nouvelle pour toute l’humanité, et pour cela il donne et donnera sa vie.

A nous, à chacun de nous par la rencontre de l’autre de savoir ouvrir un peu plus largement la bonne nouvelle de la révélation en notre humanité du Mystère de Dieu. Allons à l’autre en sachant qu’il m’apporte autant que je lui apporte, que le mystère se donnera dans la rencontre. Nous sommes habités d'une Bonne Nouvelle, qui n'est pas un savoir, mais qui est une vie en nous, la Vie de notre vie, nous rappelle Christian de Chergé.

L’oraison de ce jour est bien connue, elle conclut souvent la récitation des chapelets. « Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs : par le message de l'ange, tu nous as fait connaître l'incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu'à la gloire de la résurrection ».

Oui la pauvre présence du Seigneur au sein de notre humanité conduit toutes nos existences vers un avenir commun « la gloire de la résurrection » et pour que nous puissions y accéder le Seigneur a donné et donne sa vie, à travers « sa Passion et sa croix ». Suivons-le sur son chemin d’humilité. Ouvrons-nous de tout notre cœur à chacun de nos frères, à chacune de nos sœurs. Amen.

Jean-Luc Fabre, compagnon jésuite

 

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