Jardinier de Dieu

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Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


2e dimanche de l'avent, année A - Vivre nus, sans le secours d’aucune identité protectrice

Publié par Jean-Luc Fabre, compagnon jésuite sur 4 Décembre 2022, 09:57am

Catégories : #Evangile_réflexion, #Homélies

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?
Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Merci à l'auteur de cette image

En ces temps, nous sommes pris globalement dans une situation qui nous dépasse, qui dépasse les capacités de nos actions propres, aussi bien au niveau de la société que de l’Église. La crise climatique, la crise des abus semblent ne devoir jamais finir. Nos actions personnelles nous semblent radicalement incapables de répondre aux enjeux de la situation. Nous sommes, à vrai dire, dépassés comme jamais.

Et, en même temps, la liturgie dans sa douce pulsation nous dit que nous sommes aujourd’hui au deuxième dimanche de l’Avent et la figure familière de Jean Baptiste avec ses vêtement de poils de chameau et ses sauterelles nous rejoint. Jean nous accompagnera durant cet avent. Nous le reverrons dimanche prochain qui demandera pauvrement à Jésus pris qu’il est dans le doute  : « es-tu celui qui doit venir ? ».
 
Alors, pourquoi ne pas nous risquer dans une écoute renouvelée de la Parole de Dieu en allant à elle avec notre situation qui d’une manière ou d’une autre pèse sur chacun de nous et sur nous tous. Notre réel, celui à partir duquel nous agissons, comprenons, semble devoir exploser, se dégrader sans que nous n’y puissions rien : le climat devenir de plus en plus erratique, incontrôlable, détruisant le milieu végétal dans lequel et sur lequel nous vivons, la crédibilité de l’Église devenir de plus en plus viciée, réduite à néant, sa capacité d’action s’effondrer avec l’érosion des personnes à son service direct. Cela attaque à la racine notre capacité d’être, d’agir, de construire… oui sur bien des points « la cognée se trouve à la racine de nos arbres ».
 
Avec l’Avent c’est un appel radical qui nous est adressé… Il n’y a pas d’appui qui nous permette de nous dire « fils d’Abraham » ou pour nous « pratiquants réguliers ». Aller au désert nous conduit à vivre nus, sans le secours d’aucune identité protectrice. Voilà peut-être ce que nous avons vraiment à accepter de vivre, en ces situations globales mais aussi en toutes nos situations de vie particulières… laisser aller ce qui semble me protéger mais aussi me réduit, m’enferme...
 
Et si nous acceptons de reconnaître notre situation, ce qui pèse sur nous, s’ouvre alors à nous la possibilité de vivre l’attente en toutes ses dimensions. Je ne suis pas maître de mon destin, je le reconnais. Je ne puis que recevoir, attendre, demander, je suis une pauvreté radicale. Alors je renoue avec la vie en vérité, celle que je reçois et non plus celle dont je dispose et j’use. Chacune de mes actions devient nouvelle parce qu’elle est en relation avec l’autre, avec lequel je puis communier. Ma vie n’est plus sur elle-même mais relation intime et gracieuse avec d’autres libertés. Je puis donner, recevoir, rendre, demander… et je ne serai plus très loin de l’attitude de la Vierge qui répond :« je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole » ou celle de Joseph qui à son réveil fera comme l’ange lui aura dit dans son songe en « prenant chez lui son épouse ». Alors la nativité pourra venir  en ce monde à travers moi.
 
Mais aujourd’hui c’est à l’aller au désert, à ce moment du processus, que nous avons à nous tenir, en sachant ce que nous vivons en ce jour, douloureusement, contribue à restaurer en nous la grâce de l’accueil, de l’ouverture. Le Seigneur attend de nous ce geste pour venir à nous. Osons le faire !
Jean-Luc Fabre, compagnon jésuite
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