En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »
Haltes fraternelles : Accueillir à la Noria – Le Châtelard
« Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera »… cette affirmation semble plus que paradoxale mais cela pointe une vérité fondamentale. Chacun de nous, nous croyons savoir ce qu’est la vie, à partir de nos expériences propres, et le plus souvent une expérience portée par notre action. La vie est en fait bien autre chose que notre action propre. Jésus donne trois étapes pour que nous puissions avancer vers la vraie Vie : perdre, accueillir et, par-là, recevoir la récompense. Entrons dans le chemin proposé, peut-être, que nous pourrons, à partir de là, voir autrement notre propre vie.
« Perdre sa vie », cela semble une chose horrible. Et pourtant si nous y regardons bien la perte est bien souvent ce qui nous donne de pouvoir voir autrement les choses… Je perçois que ma vie, c’est un peu comme je l’ai construite : telles relations et pas d’autres, telles valeurs et pas d’autres, telles actions et pas d’autres… Alors perdre ma vie c’est souvent perdre, en fait, les manières de faire, de voir. Mais dans la perte, je perçois autrement ce qui ne cessait de se donner et dont je n’avais pas forcément conscience. Je ne suis plus à chercher à améliorer la situation présente mais à reprendre autrement les choses… Le Seigneur Jésus ne nous conduit pas vers une nouvelle vie marquée comme la précédente par des choix fluctuants mais vers une nouvelle Vie, celle avec Lui. J’apprends à recevoir ce qui m’advient. Un maitre mot traverse alors son discours : accueillir.
« Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. » voilà la vie véritable, la vie de l’individu ne se limite pas à lui-même… elle s’engendre de la relation. Par la relation amplifiée, elle va toujours plus loin jusqu’à la vie de Celui qui a envoyé Jésus : le Père. Ainsi je ne substitue pas une vie à une autre, j’entre dans la Vie celle qui porte toutes les vies au plus profond d’elles-mêmes… Que le Seigneur bénisse nos chemins, ceux où nous ouvrons à la vie en plénitude en commençant par la perte, pour recevoir et entrer dans la relation plus profonde avec toutes les autres personnes et devenir pleinement vivant, membre du Royaume de Dieu.
Jean-Luc Fabre compagnon jésuite
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