Nous et le péché
L’Évangile de ce 23e dimanche nous engage à aller encore plus loin que cette vigilance mutuelle. Nous sommes invités à reconnaître que nous sommes capables de blesser l’autre, de faire un péché contre lui, c’est-à-dire de manquer éminemment de charité et de sollicitude à son égard.
Vivre ensemble n’est pas facile, et grande est la capacité de blesser l’autre — même et souvent — involontairement. Dans ce passage de l’Évangile de Matthieu, nous sommes invités à aller voir celui qui nous a fait du tort, pour comprendre l’attitude de l’autre et l’inviter à s’amender. Ce que nous relate Matthieu est une procédure par étapes pour entendre les explications et inviter l’autre à progresser. C’est un processus de conciliation qui s’opère avant toute sanction, tout jugement définitif.
En fait, ce qui importe, c’est la puissance du lien, de ce qui s’opère dans les relations humaines. Elles ne sont pas choses aisées, tant les quiproquos, les mauvaises compréhensions, les malentendus sont nombreux. Pourtant, Jésus nous invite à y porter attention, car là est le terrain dans lequel nous sommes invités à croître.
Nous retrouvons aussi cette importance portée aux relations chez Ignace de Loyola, avec son présupposé favorable qui nous entraîne à ne pas nous précipiter à la condamnation. L’Évangile nous invite à entrer dans une meilleure compréhension de l’autre, à chercher en lui une raison d’espérer plutôt que de le haïr et de l’exclure de nos vies, de nos relations. Pour autant, nous ne sommes pas appelés à avoir le même niveau de proximité avec tout le monde. Jésus a choisi douze disciples sans pour autant avoir, à l’égard des autres, une attitude d’exclusion. Mais nous devons avoir une attitude d’accueil et d’ouverture a minima. Qui sait si les événements, la vie, les rencontres ne feront pas de notre « meilleur ennemi » une relation, et pourquoi pas un « ami » ?
Par amour du Christ et au nom de l’Évangile, tâchons d’être accueillants et bienveillants les uns avec les autres. Dans nos communautés, nos groupes divers d’appartenance, laissons l’Esprit de Dieu nous surprendre. Laissons de la place à la spontanéité de la relation sans jugement a priori. Pour autant, cela ne signifie pas tout accepter au nom de la charité fraternelle. Il s’agit plutôt d’accueillir, de recueillir l’autre et sa parole comme quelque chose qui m’est offert pour grandir.
C’est un exercice d’agilité que de vivre les uns avec les autres et de les recevoir comme des frères et sœurs en Christ. Mais souvenons-nous que cet amour qui nous amène à vivre et à faire croître n’est pas une chose abstraite, ni un règlement à respecter. C’est une manière concrète de nous laisser rejoindre par celui qui ne cesse pas de nous regarder avec bonté et de nous aimer comme un père tendre et miséricordieux. C’est de lui que vient l’Amour que nous sommes invités à répandre autour de nous, dans et par toute notre vie. Alors, ne perdons pas l’espérance de devenir des femmes et des hommes capables d’aimer davantage, de mieux entrer dans le projet de Dieu et, ainsi, de chercher à bâtir la paix. Prions donc l’Esprit, les uns pour les autres, afin que nous soyons entraînés davantage vers une abondante charité.
Pierre-Baptiste Cordier Simonneau cor unum
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