En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Amen, amen, je vous le dis : ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez : ainsi votre joie sera parfaite. En disant cela, je vous ai parlé en images. L’heure vient où je vous parlerai sans images, et vous annoncerai ouvertement ce qui concerne le Père. Ce jour-là, vous demanderez en mon nom ; or, je ne vous dis pas que moi, je prierai le Père pour vous, car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé et vous avez cru que c’est de Dieu que je suis sorti. Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; maintenant, je quitte le monde, et je pars vers le Père. »
Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom. Une distance s’établit forcément lorsque vous ne voyez plus la personne avec laquelle vous étiez en relation. Cette relation peut devenir un éloignement mais elle peut aussi entrainer un approfondissement de la relation. Vous considérez davantage l’autre et vous vous considérer davantage vous-même. C’est bien ce qui arrive lorsqu’un couple de fiancés ne vit plus à proximité. La relation souvent s’approfondit, se globalise, manifeste qu’un nouveau mode de vie se cherche… C’est bien ce qui se passe aussi pour les disciples. Ils apprennent à invoquer le Seigneur. Ils s’adressent à Lui en toute son épaisseur d’être. Ils quittent la posture de serviteur, de celui qui est avec son maitre et fait selon pour endosser l’attitude de l’ami. Ils parlent d’eux-mêmes à sa liberté à partir de leurs propres libertés. Ils entrent dans une nouvelle manière d’être avec Lui.
Demandez, et vous recevrez mettre ainsi en œuvre cette nouvelle manière d’être en relation les conduit dans un nouveau monde. La demande vient de la personne, elle s’adresse à une autre personne, propose l’ouverture d’un nouveau champ de relations entre elles au-delà même de ce qui est demandé. La réponse de l’autre confirmera l’ouverture de ce nouveau champ, de ce nouveau monde. C’est bien ce qui se passe lorsqu’un amoureux se risque à faire sa demande de mariage, un nouveau champ de relation se créée dans la réponse de l’autre. La croissance de la relation qui s’est ébauchée passe alors par le « don » et le « rendu » en plus de la « demande » et de la « réception »… un nouveau monde à partir de deux libertés se constitue amplement au-delà des deux libertés… Une relation profonde, vivante est là, capable d’en engendrer d’autres. Le Mystère de la Vie se manifeste de manière tangible.
Ainsi votre joie sera parfaite. Et être dans cette vie donne une joie, même si une douleur demeure celle d’une présence pas aussi totalement proche qu’avant. Par-là se manifeste aussi une Espérance qui fait avancer, ouvre à un projet plus grand qui chercher à s’établir à travers une conversation entre les libertés. Une nouvelle croissance se déploie pour une Vie qui cherche à inclure tous les êtres. Le fruit de cette croissance est une joie qui entraine, encourage, soutient. Ignace reconnaîtra cette joie en tous ses aspects comme « consolation ». Il est peut-être bon pour nous de prendre conscience d’où nait cette consolation que nous ne cessons d’éprouver en nos existences : de l’approfondissement de la relation avec le Ressuscité et de l’ouverture à un nouveau chemin de vie avec Lui et tous les autres pour aller au Père, mus par l’Esprit consolateur pour entrer dans la joie éternelle.
Jean-Luc Fabre compagnon jésuite
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