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Jardinier de Dieu

Jardinier de Dieu

Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


Dimanche 26 juin 2022

Publié par Roland Cazalis, compagnon jésuite sur 25 Juin 2022, 12:40pm

Catégories : #homélie_cazalis

Voilà une série de textes qui mériterait bien un partage de la parole.
 
Je me contenterai de mise en parallèle de l’investiture d’Élisée et la parole du Christ dans Luc en faisant des aller et retour entre ces deux textes.
 
Dans le contexte de Luc, les pèlerins galiléens qui montent à Jérusalem pour les grandes fêtes évitent la Samarie en passant soit par l’ouest le long de la mer, soit par l’est, le long du Jourdain.
 
Le chemin le plus court est bien entendu en passant par la Samarie, mais à leurs risques et périls.
 
Les disciples du Christ sont confrontés à cette adversité et veulent même faire tomber le feu du ciel sur le village samaritain, comme Élie fit descendre le feu sur les envoyés du roi de Samarie Achazia (2 Rois 1 : 10).
 
Jésus calme le jeu, car la Samarie a droit aussi au salut.
 
Dans la version de Luc de ce récit, nous avons un dialogue désaccordé entre Jésus et quelques personnes qui l’accompagnent.
 
L’une d’entre elles dit « je te suivrai où tu iras ».
 
La réponse du Christ est énigmatique et dissuasive.
 
À une seconde personne qui n’a exprimé aucun désir de suivre, le Christ dit « suis-moi ».
 
La réponse de celle-ci est aussi énigmatique pour ne pas dire négative :
 
« Laisse-moi d’abord enterrer mon père ».
 
Le sujet interpose un délai qui n’est pas maîtrisable. En outre, dans ce genre de réalité, on ne sait jamais qui enterrera qui.
 
Le Christ le relance et lui indique le caractère urgent de l’annonce du règne.
 
La troisième personne, comme la première, exprime un désir, mais avec l’amendement du cinquième commandement, qui est d’honorer son père et sa mère, comme le demande Élisée à Élie.
 
Le Christ lui signifie qu’il y a un désaccord entre le désir d’aller avec lui et celui de retourner voir ses parents. Ce désaccord n’est pas compatible avec le Royaume de Dieu.
 
On ne peut pas soupçonner le Christ d’être contre le cinquième commandement, car en d’autres lieux, il reproche aux pharisiens de jouer avec ce commandement.
 
Les gens sont désaccordés dans ce fragment de récit.                               
 
Revenons à Élie et Élisée pour voir si nous parvenons à trouver l’accord.
 
D’abord, c’est l’unique récit d’investiture d’un prophète par un autre que nous avons.
 
Élisée ne reçoit pas l’onction, comme l’on devrait s’y attendre. En lieu et place, Élie pose son manteau sur lui.
 
Ce manteau symbolise l’Esprit qu’Élie a reçu ; c’est sa personnalité, sa puissance.
 
Ce manteau de poil de bête n’est pas n’importe quel manteau, mais un manteau royal à l’instar du bâton de Moïse.
 
Élie est d’ailleurs le nouveau Moïse ; ses traits sont mosaïques, voilà pourquoi on le retrouve lors de la transfiguration du Christ.
 
Le Christ lui-même est comme le troisième Moïse, bien qu’étant le premier.
 
Voilà d’ailleurs une autre trinité, une trinité mosaïque.
 
Je ne sais pas si un peintre s’est aventuré à représenter cette trinité lors de la transfiguration du Christ.
Élisée nous est présenté dans son cadre de vie ; il est en pleine activité quand Élie fait son apparition.
 
La traduction que l’on nous propose de la fin du verset 20 

 

 

 

 

: «Va-t’en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait » est sans doute problématique, car elle n’est pas cohérente avec la suite du récit.

Comme la phrase est sujette à des interprétations diverses, comme le disent les exégètes qui se sont penchés sur le texte ; il faut de la cohérence.
 
L’interprétation que je retiens pourrait être la suivante : « Va et reviens ! Je n’y suis pour rien ».
 
En d’autres termes, Élie consent à ce qu’Élisée prenne congé des siens avant de le suivre. C’est juste de l’humanité. Élie s’excuse presque du ‘dérangement’ ; il n’est que le messager de Dieu.
 
Dans cette ligne, Élisée comprend ce qui lui arrive, la grâce qui lui tombe sur la tête.
 
À partir de là, il pose un acte à double détente :
  • Un rituel sacrificiel pour rendre grâce à Dieu. Remarquons que cet acte n’est légal que dans le temple de Jérusalem, mais nous passerons sur le légal ici ;
  • un repas d’adieu aux siens.
Que pouvons-nous retenir de ces récits ?
 
L’appel ou la grâce vient de Dieu.
 
La première parole n’est pas « je te suivrai où tu iras ». La première parole est « suis-moi ».
 
Certaines personnes sont nées dans la grâce ; elles ne connaissent que la grâce !
 
Picasso, nous dit-on, est né sachant dessiner.
 
Cela ne les empêche pas d’être tentées par le côté obscur de notre monde.
 
Certaines s’y aventurent, se brûlent les ailes ou se détruisent.
 
La grâce a toujours un côté urgent, au sens où il nous tarde de mettre à exécution ce que la grâce nous inspire.
 
Jésus âgé de douze ans dit à ses parents « ne saviez-vous que je me dois aux affaires de mon père ? », ou encore, « je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! ».
 
L’urgence est dans la grâce ; c’est sa marque de fabrique. Rien n’est plus important que ce que la grâce urge en moi.
 
Si l’individu n’est pas habité par les déterminants de la grâce, alors nous sommes dans le contexte « je te suivrai partout où tu iras », c’est-à-dire, nulle part.
 
L’accord est dans la perception de l’urgence.
 
Roland Cazalis, compagnon jésuite
1 R 19, 16b.19-21 ; Ps 15 (16), 1.2a.5, 7-8, 9-10, 2b.11 ; Ga 5, 1.13-18 ; Lc 9, 51-62
Merci à l'auteur de cette image

 

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