Jusque-là les douze ont connu un Jésus qui passe en faisant le bien. Parfois quand même il s’est accroché à quelques notables religieux qui n’aiment pas sa liberté par rapport à la Loi. C’est « chemin faisant », en cheminant avec lui, que la bascule va se produire. Dieu nous prend au point où nous en sommes. C’est la réponse inspirée de Pierre à « pour vous qui suis-je ? » que la « montée vers Jérusalem » va se préciser : première annonce de la Passion. Dieu risque tout. Les douze pourraient le lâcher. Un Messie qui va souffrir et être tué, c’est irrecevable. Comme si Dieu allait échouer. Il dit bien que « le troisième jour il ressuscitera » mais cette parole passe au-dessus de l’entendement. Sa parole à vrai dire semble plus qu’une nouvelle, puisqu’il « enseigne ». Il demande une écoute autre que la simple conversation, et parle non de « Jésus » mais du « Fils de l’homme ». Qui est-il, le Fils de l’homme ? Sans doute Celui que le Credo nomme vrai Dieu et vrai homme, éternel, vers qui nous allons pour devenir ce que nous sommes.
A ce point de bascule se révèle notre combat spirituel. Les forces de mort tirent vers le bas et cherchent à ramener Dieu à soi, un Dieu comme je peux le concevoir, un Dieu qui rassure et triomphant. Pas un Dieu qui échoue et va nous laisser orphelins. Pourtant Jésus vient accomplir les Écritures. Mais personne, ni les douze ni les grands prêtres et les docteurs de la Loi ne l’auront vu. Les disciples l’entendront plus tard, quand le Ressuscité les aura visité et parlé à un cœur tout brûlant. Alors il y aura un soir et un matin, des ténèbres et la lumière, un déluge et un arc-en-ciel qui annonce la venue d’un soleil nouveau.
Olivier de Framond, compagnon jésuite
Gn 9, 1-13 ; Ps 101(102), 16-18, 19-21, 22-23.29 ; Mc 8, 27-33
