Jardinier de Dieu

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Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


Jn 5, 31-47 Jeudi, 4ème Semaine de Carême

Publié par Jean-Luc Fabre, compagnon jésuite sur 31 Mars 2022, 07:49am

Catégories : #Homélies

Remarquons tout d’abord qu’un temps liturgique comme ceux de préparation notamment comme l’Avent ou le Carême est un processus vivant de transformation, pas une simple action de mortification, figée et répétitive…

A ce moment du carême… se dessine une nouvelle perspective, non plus sous la forme d’une reconnaissance de son péché et de la miséricorde de Dieu mais sous la forme d’une suite du Christ allant à sa passion et ceci comme une imitation de sa vie…

L’oraison d’ouverture de dimanche prochain demandera « Que ta grâce nous obtienne, Seigneur, d'imiter avec joie la charité du Christ qui a donné sa vie par amour pour le monde ».

Alors que le dimanche d’avant  on a entendu  « Dieu (toi) qui as réconcilié avec toi toute l'humanité en lui donnant ton propre Fils, augmente la foi du peuple chrétien, pour qu'il se hâte avec amour au-devant des fêtes pascales qui approchent. »

Et pour le précédent dimanche encore… « Tu es la source de toute bonté, Seigneur, et toute miséricorde vient de toi ; tu nous as dit comment guérir du péché par le jeûne, la prière et le partage ; écoute l'aveu de notre faiblesse : nous avons conscience de nos fautes, patiemment, relève-nous avec amour. »

Il y a bien une inflexion comme si la Croix, instrument du salut, était à prendre en charge par nous même avec le Seigneur. Cela pose la question suivante : une  imitation oui, mais comment ?

Merci à l'auteur de cette photo

Et c’est là qu’un passage de l’Evangile que nous avons entendu peut nous éclairer… « Mais j’ai pour moi un témoignage plus grand que celui de Jean : ce sont les œuvres que le Père m’a donné d’accomplir ; les œuvres mêmes que je fais témoignent que le Père m’a envoyé.»

Une action de notre part à la suite du Christ : oui mais comment ? Comme une réponse et non comme un projet personnel. Je le redis comme une réponse et non comme un projet personnel. Alors s’ouvre un chemin qui se poursuit dans un va et vient de questions et de réponses, et à travers ce va et vient, ce dialogue, une relation se noue et s’approfondit, et, du coup, l’existence, notre existence, prend consistance, ce qui entraine son rayonnement… Le rayonnement est seulement un effet induit de ce qui se vit à l’intérieur… en aucune manière il n’est recherché comme un effet pour lui-même.

Jésus vit, pour sa part, depuis toujours, dans le secret, une relation intérieure à son Père… et sur ce chemin on peut noter comme une attestation de cette vie secrète, à Capharnaüm au début de sa vie publique, où il décide après avoir prié son père au petit matin d’aller plus loin et de renoncer à finir le travail sur place comme l’encourageaient disciples et habitants de Capharnaüm… de la même manière il y aura sa décision de monter à Jérusalem… puis il y aura son acceptation de la passion… un chemin intérieur de relations avec son père se traduit par un chemin extérieur… l’Enjeu du chemin consistera pour Jésus à ne pas dévier d’une attitude de fidélité extérieure  comme fruit et conséquence de la relation intérieure qu’il vit avec son père… là se trouve sa liberté.

Ignace aussi au moment de sa conversion profonde, à Manrèse. Il commencera à prendre ses décisions en lien avec le Seigneur… ce qui s’imposera alors à lui de plus en plus c’est la connaissance intérieure du Seigneur, l’intention droite pour la pure louange de Dieu… en aucune manière de se préoccuper de l’extérieur. De même la Figure du martyre chrétien montre comment le déploiement de la relation intérieure est bien ce qui conduit le chemin extérieur, aussi spectaculaire qu’il puisse être… il en est ainsi dans le film de Terrence Malik une vie cachée qui narre le chemin de Franz Jägerstätter, un paysan autrichien qui refusant de prêter allégeance à Hitler se retrouvera arrêté, jugé, condamné et exécuté… ou avec, plus proche de nous, le chemin communautaire vécu des martyres de Tibhirine repris dans le film « des Hommes et des Dieux ».

Le Christ l’a vécu, nous sommes invités par lui à le vivre à notre tour. «J’ai pour moi un témoignage plus grand que celui de Jean : ce sont les œuvres que le Père m’a donné d’accomplir ; les œuvres mêmes que je fais témoignent que le Père m’a envoyé.» Faisons vraiment les œuvres de Dieu, Amen !

Jean-Luc Fabre, compagnon jésuite
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