En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir. S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! »
D’abord, attente profonde du Seigneur, et soudain, rencontre intense avec Lui, alors tout est reçu de Lui. Voilà le chemin de Vie pour chacun.
Passer d'une lecture extérieure de ce passage de Luc (une simple consigne de bonne conduite) à une expérience intérieure et relationnelle nous rapprochera du « Chemin du Cœur », parcours spirituel développé par le Réseau Mondial de Prière du Pape[i]. Ce cheminement commence en considérant que la veillée n'est pas une corvée nerveuse, mais une posture d'amour et de disponibilité intérieure.
« Restez en tenue de service » donne de passer du devoir à l'amour. Il s’agit d’entrer dans la vigilance amoureuse. Le Christ demande de garder « les lampes allumées » et la « ceinture autour des reins ». Ce premier pas nous invite à reconnaître que notre cœur a soif d'une présence et que la vigilance n'est pas une peur de la faute, mais l'attention d'un cœur aimant. Avoir la « ceinture autour des reins » signifie être prêt à se mettre en mouvement, à quitter nos léthargies spirituelles et nos sécurités matérielles. La lampe allumée est le symbole de la foi et de la charité nourries quotidiennement pour ne pas laisser son cœur s'endormir dans l'indifférence.
« À son arrivée » se vit l'accueil de la Présence, l'ouverture immédiate à Celui qui frappe. Accueil, ouverture se font promptement. Il s’agit, pour nous, de « lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte ». Ce nouveau pas marque la décision de notre liberté humaine qui reconnaît la voix de son Seigneur et choisit de ne pas différer sa réponse. Le Maître ne force pas l'entrée ; sa délicatesse se manifeste dans le fait qu'il « frappe ». C'est un appel qui sollicite notre liberté intime. Ouvrir « dès qu'il arrivera » traduit une proximité déjà vécue dans la prière. Le cœur n'hésite pas, il n'intellectualise pas, il s'ouvre à la nouveauté de la grâce qui se présente à l'improviste. Il s’ouvre au présent, vit intimement avec l’autre, ouvre son cœur à l’autre et reçoit aussi les sentiments du cœur de l’autre.
« Passera pour les servir ». Alors se vit un vrai bouleversement, celui de la communion. Il s’agit maintenant d’accueillir le Dieu qui sert. La promesse de Jésus est un renversement total des perspectives humaines : « c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir ». Ce pas ultime nous plonge dans le mystère insondable de l'Amour divin. Le « Chemin du Cœur » culmine ainsi dans l'accueil d'un Dieu qui se fait serviteur de l'homme. Le serviteur qui veillait devient l'invité d'honneur. Prendre place à la table avec le Christ, c'est entrer dans le repos de la contemplation et de la communion parfaite, où le service devient une expression parfaite de la joie partagée. Le Christ nous conduit à aimer nos frères comme Lui-même les aime… Le Royaume s’instaure.
Jean-Luc Fabre compagnon jésuite
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