En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : ‘Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? Il leur dit : ‘C’est un ennemi qui a fait cela.’ Les serviteurs lui disent : ‘Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?’ Il répond : ‘Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.’ »
Nos vies ne cessent d’être traversées par des décisions à prendre en certaines situations, décisions qui entrainent la croissance de notre être ou au contraire son affaissement, parfois complet. L’attitude à avoir devant de telles situations compliquées ou complexes, marquées parfois de beaucoup d’ambivalences, quand le bon et le moins bon poussent ensemble est loin d’être évidente. Ce que nous recommande la parabole de Jésus, c’est que le point qui peut aider le cheminement vers la prise d’une bonne décision, c’est de laisser les choses se déployer suffisamment, de ne pas vouloir trancher trop vite et a priori. Oui, peu à peu, les épis murissent. Alors épi de blé et épi d’ivraie manifestent leur différence (cf. l’image) et l’on peut les distinguer et du coup les séparer, bref arrêter la bonne décision qui a mûri.
Un homme dans l’histoire de l’Eglise a été capable de relever la question de la prise de décision en situation selon l’Evangile : Ignace de Loyola. De par ses grandes capacités à ressentir intérieurement, il a été capable de proposer à ceux, confrontés à ces enjeux, une méthode. Il distingue trois manières de prendre une bonne décision. Les trois demandent d’être attentif à soi dans la durée. La première c’est lorsque d’une certaine manière une solution s’impose, produisant un fort assentiment intérieur, je penche vers telle décision et je demeure dans la paix. Dans la durée la décision prise continuera à se manifester comme bonne, donnant force et courage pour agir dans cette perspective. La deuxième manière, c’est que nous percevons un attrait pour une solution mais que l’autre solution peut aussi nous attirer. Je sens des alternances dans mon ressenti intérieur mais peu à peu ces alternances se stabilisent vers une décision que je puis assumer. Je perçois quelle est la bonne. La troisième méthode quand la décision est encore plus incertaine demande un traitement plus complexe [regardez la note jointe[i]].
Pour s’inscrire dans cette manière de prendre de bonnes décisions, il est bon de prendre conscience de sa propre affectivité. Sentir ce que nous ressentons, être attentif à ce qui se produit en nous, à nos émotions, de voir comment elles peuvent aussi évoluer dans la durée vers des sentiments. Ils adviennent à partir du moment où je ressens mes émotions, les habite, les inscris dans mon histoire propre. Je puis aussi percevoir que certaines émotions me poussent à prendre une décision. Nous sommes, chacun de nous, ce champ mêlé de blé et d’ivraie. Prendre le temps de s’observer intérieurement, d’être attentif à notre ressenti nous prépare à pouvoir aller vers la bonne décision, celle qui nous conduit vers plus de vie, en laissant tomber, dans le même mouvement, ce qui nous pousse vers des attitudes mortifères.
Jean-Luc Fabre compagnon jésuite
PS Notons que ce qui peut être vécu individuellement peut l’être aussi communautairement. Le pape François a ainsi réouvert l’Eglise à la prise de décision communautaire notamment par la promotion des démarches synodales. Le discernement ecclésial, selon le pape François | Christus – Accompagner la vie spirituelle.
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