En ce temps-là, les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. Alors, donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? » Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’un denier. Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Ils répondirent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Dans ce passage de l’évangile selon Matthieu, les pharisiens et les partisans d’Hérode s'unissent pour tendre un piège à Jésus autour d'une question à la fois politique et financière : « Est-il permis de payer l’impôt à César ? ». Leur approche est masquée. Leurs flatteries initiales cachent un cœur calculateur, enfermé dans les calculs humains et le souci du paraître. Jésus démasque immédiatement leur perversité. Il les qualifie d'« hypocrites ». L'hypocrite, c’est celui qui comprend intellectuellement le message, mais ne le reçoit pas dans son cœur. Ce conflit met en lumière les tensions profondes de notre cœur humain, souvent inquiet, blessé et prompt à s'égarer lorsqu'il cherche sa sécurité dans l'asservissement aux idoles matérielles ou dans la seule approbation du monde. Face à ce piège, Jésus brise le cercle par une sentence absolue : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ».
Par cette réplique, Jésus formule un appel pressant à savoir situer les choses à leur juste place. L'argent, l'impôt et les devoirs civiques ne sont « pas rien » : ils constituent le tissu de nos obligations quotidiennes. Cependant, ils ne sont « pas tout » ; ils ne représentent qu’un moyen, pas plus. La monnaie porte l'effigie de l'empereur, elle appartient au domaine transitoire des structures humaines, c'est-à-dire à l'axe du faire. Mais l'être humain, lui, porte l'effigie divine : il appartient totalement à Dieu, sur l'axe de l'être.
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Domaine de la relation et de l’intériorité L'Essentiel en premier une existence comme Image de Dieu axe de l’être |
Le cœur lieu où Discerner ce qui appartient à Dieu l’essentiel et ce qui appartient à César les moyens axe du faire |
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La situation comme le Domaine de l’action et de la vie citoyenne si ces Moyens en premier alors une existence comme Image de César axe du faire |
L’existence humaine pleine de potentiels et de risque de pertes, une existence qui doit se risquer… axe de l’être |
La conversion liturgique : réaxer notre agir par les trois oraisons de ce dimanche. Pour répondre à cet appel évangélique et situer chaque réalité à sa juste place, la liturgie déploie des moyens de conversion tout au long de la messe. Devant le pain et le vin, fruits du labeur concret et de notre agir, la Prière sur les offrandes demande que notre célébration soit « d'abord tournée vers ta gloire ». Cette oraison rectifie la trajectoire de notre faire quotidien : nos efforts humains ne sont plus une fin en soi ou une idole, mais un vecteur d'offrande spirituelle. Ils trouvent leur source véritable dans la Prière d’ouverture, qui implore Dieu d'augmenter en nous « la foi, l'espérance et la charité » pour nous faire « aimer ce que tu commandes ». Ces vertus théologales transforment la substance même de notre être en nous liant d'amitié intime avec le Christ. Ce mouvement d’unification culmine dans la rencontre sacramentelle. La Prière après la communion demande que les sacrements « achèvent de produire en nous ce qu'ils contiennent » afin de « saisir dans sa pleine vérité ce que notre célébration préfigure aujourd'hui ». C’est le remède direct contre l’hypocrisie dénoncée par Jésus : le geste extérieur du culte doit modifier en profondeur notre intériorité.
Le discernement matinal et l'élan du cœur. Cette exigence spirituelle s'incarne concrètement dans le discernement du matin. Décider dès le réveil de vivre chaque activité sous le regard de Dieu, c'est choisir l'axe de l'être avant d'entrer dans l'engrenage des tâches. Cette attitude honore le principe fondamental de notre foi : reconnaître que notre vie s'enracine dans l'accueil gratuit de l'amour de Dieu avant toute force de production. La prière d'offrande quotidienne devient alors le moyen pratique de sceller cette alliance en offrant nos libertés à Sa liberté.
Par la communion et les oraisons, le Christ demeure en nous et configure notre vie ordinaire à la sienne. Libéré de l'idolâtrie des moyens, notre faire quotidien ne s'épuise plus dans la quête de profit ou de reconnaissance. Porté par un être renouvelé et uni au Cœur de Jésus, cet agir se déploie naturellement en une authentique mission de compassion pour le monde. Notre réseau de prière et notre service quotidien peut davantage devenir ce canal désintéressé de l'amour divin, attentif aux souffrances de l'humanité.
Jean-Luc Fabre compagnon jésuite
PRIÈRE Dieu éternel et tout-puissant, augmente en nous la foi, l'espérance et la charité ; et pour que nous puissions obtenir ce que tu promets, fais-nous aimer ce que tu commandes. Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur, qui vit et règne avec toi dans l'unité du Saint-Esprit, Dieu, pour les siècles
PRIÈRE SUR LES OFFRANDES Regarde Seigneur les présents que nous t’offrons nous t’en prions Seigneur de majesté, permets que notre célébration soit d'abord tournée vers ta gloire. Par le Christ, notre Seigneur.
PRIÈRE APRÈS LA COMMUNION Que tes sacrements, Seigneur, nous t'en prions, achèvent de produire en nous ce qu'ils contiennent ; puissions-nous saisir dans sa pleine vérité ce que notre célébration préfigure aujourd'hui. Par le Christ, notre Seigneur.
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