Jardinier de Dieu

Jardinier de Dieu

Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


Jean 4, 5-15 l’eau chez Thérèse de Jésus un support à l’intelligence de la conversion

Publié par Jean-Luc Fabre compagnon jésuite sur 15 Octobre 2026, 15:00pm

Jésus arrive donc à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »

Agir par soi-même, librement et non sous la contrainte extérieure…

Agir par soi-même, librement et non sous la contrainte extérieure…

Souvent le lien entre l’évangile et le saint célébré n’est pas évident. Ici il s’impose. La scène de la samaritaine a habité l’imaginaire de Thérèse dès son enfance. Dans son œuvre autobiographique, le Livre de la Vie, elle confie s'être immédiatement identifiée à cette femme : « Oh ! que de fois je me suis rappelé cette eau vive... ! » (Vie 30, 19). Cette image présente dans la maison familiale a marqué son imaginaire spirituel. Tout au long de sa vie, la prière de la Samaritaine (« Domine, da mihi hanc aquam ») est restée son cri du cœur. L'image de l’eau a été pour elle le repère pour conscientiser la démarche de conversion avec le double labeur du croyant et de son Seigneur…

L’eau comme profondeur de l'âme et le puits du quotidien Creuser un puits ou y puiser de l'eau symbolise la descente dans les profondeurs de l'âme pour y chercher la vitalité intérieure. La rencontre au puits de Jacob avec le Christ opère comme un face-à-face avec le centre divin en l'homme. En s'asseyant au bord de la source à l'heure la plus chaude, le Christ force Thérèse à regarder au fond de son propre mystère pour y découvrir sa véritable soif, au-delà des besoins matériels.

Le contraste des deux eaux : de la fatigue de l'effort au don de la grâce Le dialogue de l'Évangile met en lumière une rupture radicale entre deux réalités spirituelles, que Thérèse expérimentera à travers sa célèbre métaphore du jardin arrosé.

L’eau du puits et la volonté propre : C'est l'eau humaine, liée à la répétition et à la dépendance. Au début, le croyant s'arrête à la dureté de la tâche (« le puits est profond »). C'est le temps de l'effort laborieux, de l'ascèse volontaire et de la fatigue psychologique où l'on s'épuise à vouloir s'en sortir par ses seules forces.

L’eau vive et l'accueil du don gratuit : C'est l'eau divine, celle qui jaillit de l'intérieur. Jésus promet une eau qui « deviendra en elle une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle ». Thérèse décrit ici le basculement vers la contemplation : l'effort humain s'efface complètement devant l'action de la grâce. La soif insatiable du monde s'éteint pour laisser place à une paix unifiée.

De la source au rivage : l'image qui transforme La conversion n'est pas une simple décision morale, mais une lente transformation du regard, guidée par une image intérieure.

Découvrant cela pour préparer cette homélie, une image me revient souvent. C’est celle de Jésus seul sur la grève après avoir renvoyé les disciples et les foules, et son Père qu’il est allé prier sur la montagne. Il est là seul au bord de la mer, dans cet espace intermédiaire, prêt à basculer dans une nouvelle étape de sa mission. Cette solitude radicale face à l'eau me rappelle que toute croissance demande d'accepter ces moments de dépouillement au bord du rivage pour se rassembler et avancer.

Alors vous-même, dans le secret de votre histoire, n’êtes-vous pas habités par une image qui s’impose ? Un paysage, une scène biblique, un visage... Elle représente peut-être votre propre chemin de conversion, votre manière unique de passer du puits de vos fatigues à la source de la croissance spirituelle…  Repérez-la ! Pensez-y ! Laissez-la travailler !

Jean-Luc Fabre compagnon jésuite

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Articles récents