(Les versets retenus par la liturgie Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc)
01 D'âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.
02 Avant que naissent les montagnes, + que tu enfantes la terre et le monde, * de toujours à toujours, toi, tu es Dieu.
03 Tu fais retourner l'homme à la poussière ; tu as dit : « Retournez, fils d'Adam ! »
04 A tes yeux, mille ans sont comme hier, c'est un jour qui s'en va, une heure dans la nuit.
05 Tu les as balayés : ce n'est qu'un songe ; dès le matin, c'est une herbe changeante :
06 elle fleurit le matin, elle change ; le soir, elle est fanée, desséchée.
07 Nous voici anéantis par ta colère ; ta fureur nous épouvante :
08 tu étales nos fautes devant toi, nos secrets à la lumière de ta face.
09 Sous tes fureurs tous nos jours s'enfuient, nos années s'évanouissent dans un souffle.
10 Le nombre de nos années ? soixante-dix, quatre-vingts pour les plus vigoureux ! Leur plus grand nombre n'est que peine et misère ; elles s'enfuient, nous nous envolons.
11 Qui comprendra la force de ta colère ? Qui peut t'adorer dans tes fureurs ?
12 Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos coeurs pénètrent la sagesse.
13 Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ? Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.
14 Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
15 Rends-nous en joies tes jours de châtiment et les années où nous connaissions le malheur.
16 Fais connaître ton oeuvre à tes serviteurs et ta splendeur à leurs fils.
17 Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu ! Consolide pour nous l'ouvrage de nos mains ; oui, consolide l'ouvrage de nos mains.
« Apprends-nous la vraie mesure de nos jours ». Ce mot du psaume résume peut-être la Parole de Dieu de ce jour. La parole est énigmatique : de quelle mesure s’agit-il ? Il semble que ce soit celle d’une sagesse qui intègre l’échelle de Dieu, celle de l’éternité alors que nous avançons avec l’échelle d’un temps réduit à la vie d’une personne. Or le regard des humains peut vite déprimer. Tout ce qui passe est voué à disparaître, l’éphémère semble la règle. Qohéleth est plus sombre : tout se répète, la routine gouverne nos vies, « rien de nouveau sous le soleil » ! Le soleil n’arrête pas de venir et partir, le vent, de tourner et tourner, les humains, de faire des discours fatigants. Et l’évangile en rajoute une couche en suggérant qu’un « Hérode » en cache d’autres, qui passent et reviennent, sous d’autres noms aujourd’hui. Ce soupir est-il bonne nouvelle ? Il dit en creux l’aspiration à trouver du sens sur la terre. Ça oui, c’est déjà une bonne nouvelle.
Y a-t-il une autre mesure que la nôtre pour traverser nos jours ? Il peut y avoir déjà un regard qui, loin de se désoler de ces répétitions, sait s’émerveiller d’un soleil qui se couche ou se lève. En randonnant, on voit bien que des balades ne sont jamais les mêmes, car la lumière change chaque jour, chaque minute. Le sens à trouver est-il dans la nouveauté ? Il ne peut être dans un être blasé. Il est dans ce qui éveille, dans ce qui suscite une mise en route pour d’autres ou, dit autrement, un « envoi en mission ». Il est en ce qui donne de naître à la parole, comme Adam, isch devant ischa, Eve, une création, nouvelle donc, c’est vrai. C’est une telle nouveauté qui donne du sens. Elle est à demander, à recevoir. Hérode ne l’a pas demandé, il n’a pas « choisi la vie ». Moi, l’ai-je choisie, c’est une autre question … Apprends-moi la vraie mesure de nos jours, rassasie-nous de ton amour au matin.
Olivier de Framond compagnon jésuite
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