En ce temps-là, des pharisiens s’approchèrent de Jésus pour le mettre à l’épreuve ; ils lui demandèrent : « Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme pour n’importe quel motif ? » Il répondit : « N’avez-vous pas lu ceci ? Dès le commencement, le Créateur les fit homme et femme ? et dit : “À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair.” Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » Les pharisiens lui répliquent : « Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit la remise d’un acte de divorce avant la répudiation ? » Jésus leur répond : « C’est en raison de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes. Mais au commencement, il n’en était pas ainsi. Or je vous le dis : si quelqu’un renvoie sa femme – sauf en cas d’union illégitime – et qu’il en épouse une autre, il est adultère. » Ses disciples lui disent : « Si telle est la situation de l’homme par rapport à sa femme, mieux vaut ne pas se marier. » Il leur répondit : « Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Il y a des gens qui ne se marient pas car, de naissance, ils en sont incapables ; il y en a qui ne peuvent pas se marier car ils ont été mutilés par les hommes ; il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du royaume des Cieux. Celui qui peut comprendre, qu’il comprenne ! »
Demander le pardon, le donner, le recevoir. Laisser la Vie nous réunir à nouveau à partir du don que je fais de moi, librement royal…
Le chemin en profondeur que nous propose Jésus s’initie à partir de notre situation mais va bien au-delà. Ici, la question initiale consiste à voir comment ajuster la manière dont un homme peut concevoir le mariage. Est-ce à partir de la situation sociale où il se trouve ? « Mais au commencement, il n’en était pas ainsi » dit Jésus. Et nous avons à remarquer que cette dernière affirmation est vraie pour chacun de nous, quel que soit son état de vie. Vivre à partir de l’origine de notre être, c’est vivre dans ce manque qui est également ouverture. C’est, paradoxalement, le vrai chemin de vie pour chacun de nous. Jésus nous le certifie lui qui vit simplement, en son humanité, de sa relation fondamentale avec son Père. Il nous indique le chemin que tous les saints emprunteront au cours de l’histoire de l’Eglise.
« Il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du royaume des Cieux. Celui qui peut comprendre, qu’il comprenne ! » L’existence, pour trouver ce commencement, cette origine, doit prendre, pour chacun des êtres humains, un chemin, à chaque fois singulier. Il y a à apprendre à renoncer. Celui qui est sur ce chemin en perçoit, pour lui, la justesse sans forcément pouvoir tout de suite en rendre compte aux autres. C’est le chemin emprunté par les saints comme celui que nous célébrons en ce 14 août. Maximilien Kolbe était un homme de feu, plein de réalisations aussi bien en Pologne qu’au Japon, un homme d’industrie, existant par ses réalisations. Mais il deviendra vraiment lui-même que, lorsqu’avec ses compagnons d’infortune, il attendra la mort, relié eux par une profonde fraternité, au fond du bloc 11 à Auschwitz.
« En raison de la dureté de votre cœur » Laissons cette parole raisonnée en notre être tout entier. Nous aussi, en chacune de nos situations, nous avons à recevoir cette promesse à suivre. Pour cela, nous ne pouvons savoir où nous avons à aller concrètement, nous avons à nous ouvrir et nous laisser conduire par le surgissement dans le présent de ce qui advient. Oui, laisser notre cœur s’ouvrir, le laisser s’attendrir, suivre le chemin qui surgit au-delà de la situation extérieure que nous avons à laisser aller.
Jean-Luc Fabre compagnon jésuite
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