En ce temps-là, Jésus disait aux foules des Juifs : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
« Si vous ne mangez pas ma chair, si vous ne buvez pas mon sang, vous n'avez pas la vie en vous ». L'entourage de Jésus semble ne rien comprendre. Et pour nous, « manger sa chair », « avoir en nous la vie, la vie éternelle », est-ce clair ? La chair, c’est ce qui anime le Christ. Communier commence quand je choisis de connaître le Christ de l'intérieur, au point d’être entraîné dans ses pas, dans son regard, sa parole, sa manière d’écouter. Ce que Jésus éprouvait quand il rencontrait le monde et ses habitants, nous, chacune et chacun personnellement, je l’éprouve avec Lui. Communier au Christ, c'est se laisser envoyer, suggère St Jean, comme lui-même s'est reconnu envoyé par son Père. Je n'ai pas vraiment communié si je ne me laisse pas envoyer vers les amis du Christ pour une bonne nouvelle. Avoir en moi la vie, c'est quand ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi, dira Saint Paul. Avoir la vie en nous fait retrouver la ressemblance de Dieu.
Le Saint-Sacrement que nous célébrons, c'est aussi l’événement d’une Église qui accomplit sa sortie d'esclavage et sa traversée du désert, et va vers sa Naissance. La traversée du désert des tentations, Jésus l’a connue. Une situation de manque révèle nos intentions. Une santé baisse, la marche peine, un frère ou une sœur m’agace pour une bricole récurrente, un garçon ou un prof de ma classe m’ennuie, nos ados et leurs écrans chéris, on n’en peut plus. Des déserts, il n’en manque pas. Quand un désert surgit, à traverser, je peux avoir deux réactions. Soit je récrimine. C’est que je n’ai pas encore en moi la vie ; je n’ai pas communié au corps du Christ. Soit je les traverse dans la foi et la gratitude ; c’est que la vie est venue en moi, j’ai communié à Dieu, le Christ reçu est un Ami.
Je pense aussi au sacrement des malades, parfois proposé dans nos églises. Ce n'est pas une manne, c'est Dieu qui se donne, pour accompagner une traversée, un passage. Le sacrement, le don de Dieu, me fait accueillir ce qui vient, le réel, un désert nouveau ; je ne suis plus seul, l'Ami est là, Celui qui offre sa chair et son sang. En recevant le corps du Christ, en recevant le don de Dieu, j’entre dans la vie réelle, avec Lui. Je deviens un envoyé du Père.
Olivier de Framond compagnon jésuite
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