En ce vendredi Saint, nous voici au pied de la croix, avec Jean et Marie. Hier, nous rendions grâce, comme par anticipation, au fol amour de Dieu donné dans son pain de vie et la coupe du salut. Aujourd'hui, nous sommes devant le fait accompli. Dieu, en son fils, meurt pour nous. Sur la croix, ce sont toutes nos petitesses, toutes nos compromissions avec l'Amour, tout ce qui nous éloigne et écarte de l'Amour de Dieu qui est crucifié.
La croix transforme nos vies
Demain, lors de la vigile pascale nous chanterons : « Bienheureuse faute de l'homme qui nous a valu un tel rédempteur. » Non pas que Dieu attendait que nous nous égarions pour manifester sa Gloire. Mais, parce que nous nous égarons, Dieu a choisi de transformer tout ce qui nous éloigne de Lui en manifestation de son Amour.
Aujourd'hui, devant le Christ en croix, nous pouvons entendre cette question de Jésus aux foules à propos de Jean-Baptiste : « Qu'êtes-vous allés regarder au désert ? » (Mt 11, 8). Devant le chemin de croix du Christ, devant sa mort nous pouvons nous interroger sur ce que nous venons faire. Rendons-nous hommage à un homme sage, thaumaturge un peu virulent qui est mort de manière injuste et violente ? Ou bien sommes-nous devant le Fils de Dieu, égal de Dieu, qui « s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix. » (Ph 2, 8).
Alors, si Jésus est l'égal de Dieu, c'est un véritable scandale que ce vendredi Saint. Nous célébrons la mort de Dieu par amour pour nous. Ainsi, nous pouvons, devant le Christ en croix, nous demander qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi. Ce vendredi Saint nous sommes véritablement face au mystère de la foi devant ce mystère de la croix. C'est insensé de choisir d'aimer en se sacrifiant. Il n'y a pas de contrepartie, pas de donnant-donnant. Dieu se donne, par amour, pour tous, tous, tous.
Le « todos » et le vendredi Saint
Ce « todos » du pape François résonne d'une manière particulière ce vendredi Saint. Il nous appelle à faire de la place à tous, particulièrement dans l'Église qui confesse le don de Dieu pour tous et chacun. Nous ne devons pas, nous ne pouvons pas nous permettre un quelconque élitisme dans les communautés, les mouvements ecclésiaux ou les paroisses. C'est ce que le pape Léon XIV a récemment redit lors de son voyage à Monaco : « Dans l'Église, les différences ne sont jamais un motif de division en classes sociales mais, au contraire, chacun est accueilli en tant que personne et enfant de Dieu, et chacun est destinataire d'un don de grâce qui encourage la communion, la fraternité et l'amour mutuel. » Car le Christ est mort sur la croix pour chacun de nous.
Aujourd'hui, en contemplant le crucifié sur le bois de la croix, c'est un homme défiguré par la souffrance que nous voyons. Aussi, nous pouvons lui confier toutes nos douleurs, toutes nos souffrances, tout ce qui nous défigure et déforme l'alliance que Dieu nous confie et à laquelle il nous convie. Notre foi nous assure qu'il les porte auprès du Père. Tel le serviteur souffrant du livre d'Ésaïe que nous écoutons en ce vendredi Saint.
Le Christ demeure celui qui sert au milieu de notre humanité encore désunie et abîmée par la recherche de la supériorité et du profit. Si nous ouvrons nos bras à son fol amour, à sa douce miséricorde, il nous prendra avec lui, comme le bon larron. Dieu ne nous délaisse pas, il nous aime inlassablement, inconditionnellement et surtout librement.
Les souffrances du Christ nous appellent également à nous faire proches de tous ceux et celles qui souffrent. Toutes les souffrances ont leur place dans notre cœur, dans notre prière car elles sont portées, supportées aussi, par le Christ sur la croix. À la suite du Christ nous sommes invités à prendre pleinement part à la vie du monde et principalement dans tous les lieux où la dignité humaine est en jeu.
Pierre-Baptiste Cordier Simonneau cor unum
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