En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « Nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »
Pas simple, cette Parole en ce dimanche, jour de la Croix glorieuse ! Avec Moïse, Dieu pourrait sembler un juge, au-dessus de nous, prêt à nous mordre comme un serpent quand nous faisons des bêtises. Avec Jean, nous contemplons un Dieu qui a tant aimé ! Un Dieu qui sauve. Est-ce le même ?
Ce que vit le peuple au désert, qui en a marre d’un pain de misère, peut faire penser à notre pays et au monde. On aspire à autre chose, à un meilleur traitement. Fallait-il envoyer des serpents qui mordent pour « sauver » ce peuple ? C’est la relecture que fait le psalmiste : « quand Dieu les frappait, ils le cherchaient et se souvenaient que leur rocher, c’est Dieu ». La marche dans le désert n’était pas forcément drôle, mais la manière trouvée de réagir n’a pas aidé. Il nous faut sans doute entendre cette « récrimination contre Dieu et Moïse ». Que révèle-t-elle ? Consentir au réel, c’est toujours la première conversion à tenir. Récriminer contre Dieu et Moïse, c’est désespérer, refuser de vivre, s’enfermer dans l’impasse. Nous vivons au-dessus de nos moyens, oui. Donc quoi ? L’appel est d’inventer ensemble une manière d’avancer. Laquelle, c’est autre chose. En fait récriminer contre Dieu, c’est quand je baisse les bras devant la vie, il n’y a plus d’espérance. Accueillir Dieu, c’est sans doute que j’apprenne à demander avec les autres, à temps et à contretemps, la joie d’exister. Les morsures de serpent, Dieu aurait pu trouver un truc plus sympa ? C’est nous-mêmes qui les suscitons en ne consentant pas au réel.
Jésus – et le bel hymne aux Philippiens l’exprime – se fait lui-même cette humanité mordue par le péché, nos soifs de posséder. Il est Dieu qui sauve en nous ouvrant un autre chemin, celui de l’Amour. Il se fait Dieu qui s’offre à nous parce qu’il a « tellement aimé le monde » ! Dieu n’est qu’Amour. Si je le perçois parfois comme un juge, c’est que je me suis enfermé dans un regard mauvais et trompeur sur moi-même, sur la vie, sur Dieu. Je suis sauvé quand je commence à me laisser toucher et rencontrer par cet Amour que j’ignorais. J’ai cru qu’il blasphémait, qu’il se prenait pour Dieu, je n’ai pas vu qu’il était Dieu qui a tellement aimé le monde et qui s’offrait pour nous relever !
Olivier de Framond compagnon jésuite
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