En ce temps-là, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut. Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. » Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »
Plus que trois saints, nous fêtons, à vrai dire, une fratrie, déclarée sainte. Elle a connu le seigneur dans la durée, de façon épisodique et non d’une manière continue comme l’ont fait les apôtres. Avec les quelques passages de l’évangile : l’invitation chez Marthe, la sépulture de Lazare, l’onction de Béthanie… une épaisseur historique se laisse malgré tout découvrir. Un devenir relationnel pour les uns et les autres est ébauché. Alors que pouvons-nous retenir de ce passage-ci, celui de l’accueil par Marthe de Jésus, comme attitude porteuse de vie pour chacun de nous ? Ma réponse : donner à l’autre d’être en vérité veut dire partager un espace commun avec lui, relié par la parole échangée, tout en demeurant soi-même.
Il est bien possible que Marthe ait pris l’initiative de tout organiser, sans véritable concertation avec sa sœur. Marie, du coup, se retrouve à écouter le seigneur, en étant à ses pieds. « La meilleure part ». Mais une chose manque tout de même. Il y a deux individualités, vivant chacune sa propre expérience tronquée. En effet, comment accueillir quelqu’un sans lui offrir un service personnel concret soi-même ? Comment accueillir quelqu’un sans lui offrir également une écoute spécifique ? D’une manière ou d’une autre, les fonctions auraient dû être partagées pour être l’une et l’autre vraiment accomplies. La maisonnée dans son agencement, son organisation aurait dû le permettre mais ce n'était pas encore le cas. Lors de la venue de Jésus au tombeau de Lazare, les deux sœurs accueilleront justement Jésus, chacune à sa manière et à son rythme. Et cela se poursuivra à l’onction de Béthanie avec le surgissement de Marie.
Comment vivre, pour nous, alors harmonieusement cette co-activité fraternelle entre personnes ? Une attitude personnelle est à considérer pour chacun. Il s’agit d’accepter, en soi-même, de laisser être le multiple… Je suis cette capacité d’accueil concrète mais aussi cette capacité d’écoute. Certes, je suis plus doué dans une capacité que dans l’autre. Mais je suis tout mon être et pas seulement mon aspect brillant. Vivre ainsi me donne de percevoir plus profondément le réel, en se reconnaissant créature d’un Père très bon, me donne aussi de pouvoir accueillir l’autre fraternellement dans sa différence, dans sa complémentarité. A travers cela, se bâtît une paix véritable, les prémices du Royaume adviennent. Jésus vit bien ainsi. Suivons-le !
Jean-Luc Fabre compagnon jésuite
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