Ce dimanche, nous prenons la route d'Emmaüs avec Cléophas et l'autre disciple. Ce que vivent ces deux hommes-là nous est bien connu. Ils cheminent et échangent sur le quotidien de leur vie, sur ce qui a fait sens pour eux ces derniers temps et sur lequel ils restent interdits. Ils ne comprennent pas ce qui s'est passé. Comment leur maître, leur ami, Celui qui allait sauver Israël s'est-il laissé entraîner à la mort ? Leur désolation devant le mystère du calvaire est compréhensible quand l'annonce de Pâques ne fait pas renaître l'espérance.
Pèlerins d’Emmaüs
Jésus vient ses disciples sur la route d’Emmaüs. Il se fait proche d'eux pour les amener à comprendre ce qui s'est passé. Jésus n'est pas factuel ici. Il entre dans une véritable catéchèse de l'Alliance, même s'il invite ses disciples à devenir davantage croyants.
C'est à nous aussi que ce « Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! » est adressé. Nous aussi, nous avons du mal à croire que l'espérance est toujours possible, qu'il y a toujours un chemin d'avenir, de joie profonde. Nous sommes véritablement invités par le Christ à ne pas en rester à nos ruptures d'alliance que constituent nos défaitismes. Même dans l'obscurité, il y a toujours une once d'espérance ; la lumière de la foi, de la joie, finit toujours par se frayer un chemin dans nos vies. C'est cela que le Christ vient annoncer aux pèlerins d'Emmaüs.
Notre cœur est effectivement si lent à croire, notre patience est toujours limitée, nos yeux comme aveuglés. Pourtant, le Christ, tel un ami, chemine à nos côtés pour nous inviter à nous ressaisir. Il nous propose de voir ce que nos yeux ne voient pas et que nos oreilles n'entendent pas. Non que nous ayons forcément besoin de lunettes ou de prothèses auditives, mais, pris dans notre immédiat, nous oublions de compter sur Dieu.
Le Ressuscité vient nous dire aujourd'hui, au travers de l'Évangile des pèlerins d'Emmaüs, qu'Il demeure toujours à nos côtés, avec nous « tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20). La foi pascale nous invite en effet à sentir et goûter intérieurement de quelle manière nous sommes invités à vivre toutes choses nouvelles dans le Christ ressuscité. Car il y a tant d'occasions de désespérance dans notre monde que nous pouvons avoir « des têtes de carême sans Pâques » (Evangelii Gaudium, 6).
Alors, si nous avons la foi, nous devons lutter contre cette tentation de la désespérance. Dieu, en Jésus, à Pâques, est venu nous sortir du tombeau pour nous conduire à la joie de l'espérance. Nous sommes véritablement appelés à une conversion intérieure afin de ne pas nous laisser entraîner dans cette désespérance. Si nous désirons devenir ces disciples-missionnaires, habités de la joie pascale, nous ne devons pas avoir une tête d'enterrement. Pour autant, ne tombons pas dans l'excès inverse avec une exaltation forcée, en faisant semblant. Ce qui importe, c'est d'être en vérité dans son cœur, avec Dieu et les autres.
Pierre-Baptiste Cordier Simonneau cor unum
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