Jardinier de Dieu

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Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


Lc 16, 1-13 « Vivre la mission avec inventivité » (24 ième dimanche année C)

Publié par Pierre-Baptiste Cordier Simonneau sur 21 Septembre 2025, 05:36am

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : ‘Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.’ Le gérant se dit en lui-même : ‘Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.’ Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : ‘Combien dois-tu à mon maître ?’ Il répondit : ‘Cent barils d’huile.’ Le gérant lui dit :‘Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.’ Puis il demanda à un autre : ‘Et toi, combien dois-tu ?’ Il répondit : ‘Cent sacs de blé.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu, écris 80’. Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »

Jeter un autre regard, recevoir le jour qui se lève (merci à l’auteur de la photo)

Jeter un autre regard, recevoir le jour qui se lève (merci à l’auteur de la photo)

Ce 24e dimanche, Jésus nous invite-t-il à rejoindre le côté obscur qui sommeille en tout un chacun ? C'est ce que nous pourrions nous demander. Faut-il nous laisser conduire par nos vils comportements et notre tendance naturelle à la roublardise pour obtenir ce que nous souhaitons ? C'est ce que nous pourrions croire lorsque Jésus nous dit : « Faites-vous des amis avec l'argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. » Comment comprendre cette phrase alors que Jésus nous exhorte plutôt à être vertueux, honnête et franc ? Même si l'Évangile n'est pas un code de conduite morale, il nous invite à un vivre-ensemble harmonieux, respectueux des personnes et de la Création. Mais nous ne pouvons pas biffer d'un trait de plume ce passage de l'Évangile qui nous interroge.

Peut-être que ce que Jésus veut nous faire saisir est qu'il n'est pas interdit d'être agile et de trouver des manières habiles de servir le Royaume et sa Justice. Il ne s'agit pas d'utiliser des manières illicites ou immorales, comme le gestionnaire de l'Évangile, pour parvenir à ses fins, mais d'avoir la même habileté pour amener les personnes au Christ. Ce qui importe, c'est la fidélité au but poursuivi tout en gardant la probité et l'intention droite. Ce que Jésus nous invite à regarder, c'est la méthode, l'habileté pour atteindre l'objectif, non sa finalité. Nous gardons, pour notre part, une fidélité au nom de Dieu. Nous sommes attachés au nom du Seigneur et tâchons de passer en faisant le bien autour de nous.

Toutefois, nous ne sommes pas différents des autres personnes. Et nous ne sommes ni meilleurs, ni pires. Pour autant, nous sommes habités d'une force qui nous pousse à aller vers le haut. L'Esprit qui a été versé en nos cœurs nous donne de tenir bon, malgré tout, dans cette course. Il nous arrive de baisser les bras, de vouloir aller du côté des « amis de l'argent trompeur », la tentation est grande, mais ce serait être infidèles à la promesse de Dieu.

Ainsi, ne nous trompons pas de combat. La vertu avec laquelle nous avons à avancer sur le chemin de notre vie n'est pas une question de moralisation, de permis/défendu. Elle est une question de dignité, de service et de confiance. Parce que la demeure que nous cherchons à atteindre, ce n'est pas seulement celle d'un débiteur heureux de notre roublardise. C'est celle du Père, cette tente qu'il dresse au cœur du monde, au cœur de notre temps pour que nous vivions de sa joie avec lui pour nos contemporains.

Cette parabole de l'Évangile de Luc nous place bien en ce monde et en ce temps. Nous sommes avec des personnes qui sont comme l'intendant malhonnête, aux méthodes particulièrement habiles. Disciples de Jésus, nous sommes bien dans le monde mais pas du monde (Jn 17, 16). Pourtant, c'est ici que nous avons à tenir la place d'amis dans le Seigneur, frères et sœurs de Jésus-Christ. Chaque jour, nous cherchons davantage à être des compagnons de Jésus, à chercher la manière la plus juste de manifester son amour au monde. Ne gâchons pas cet appel par un manque de dynamisme et de créativité, mais n'oublions pas qu'ils doivent être en premier lieu au service de la mission. Cette dernière, c'est être avec les autres pour être avec Jésus.

Ainsi, dans tout ce que nous faisons, là où nous sommes appelés à servir, n'oublions pas cet appel premier. Il n'est pas une question de rang ou de posture, c'est une question d'amour. Servir, c'est essayer d'aimer à la manière de Jésus. Les premiers destinataires de cet amour sont les plus fragiles, les oubliés de la tendresse, de la considération des hommes. À nous d'entendre cet appel et de nous mettre en route pour vivre la rencontre avec ceux qui s'estiment loin de l'amour de Dieu. Notre proximité, notre service au nom de Jésus est un ministère de consolation. Parfois, cette consolation ne vient pas de nous, mais d'un ou d'une autre rencontré en chemin.

Ne faisons pas de notre ministère un bastion, une propriété. Nous ne sommes pas propriétaires de la mission. Elle est la force de Dieu que nous sommes invités à rendre présente, mais nous « portons ce trésor dans des vases d'argile » (2 Co 4, 7). Apprenons donc de cette force, de cette puissance d'amour de Dieu la manière la plus ajustée possible pour déplacer les montagnes et rendre plats les chemins sinueux. C'est une mission dans la mission que de trouver la manière la plus habile, la plus adroite, la plus ajustée d'annoncer les merveilles de Dieu aux femmes et aux hommes de ce temps. Prenons le temps de nous interroger sur nos manières de faire, sans chercher pour autant à bâtir des plans pour conquérir le monde.

Il est important de faire une différence entre une volonté prosélyte et une volonté évangélique. Car « l'Évangile n'est pas seulement pour moi, il est pour tous, ne l'oublions pas », comme l'a dit le pape François. Et nous sommes au service de cette annonce avec zèle et inventivité. Nous ne sommes pas au service d'un petit groupe qui chercherait à être meilleur que les autres. Notre mission est de nous laisser rejoindre par l'amour de Dieu, pour le laisser assouplir « nos nuques raides » et ouvrir « notre cœur et nos oreilles qui sont fermés ». C'est ainsi que nous trouverons la force, le courage, l'enthousiasme d'annoncer le fol amour de Dieu pour ce monde.

Dieu nous envoie pour être sa présence d'amour au cœur de ce monde. N'oublions pas que notre baptême nous fait appartenir à un peuple de prophètes, de porteurs de la parole de Dieu fait chair. Nous incarnons le désir de Dieu de se révéler dans la pauvreté, la recherche de justesse et de justice. Dieu nous indique la route pour vivre de cet appel et elle passe par nos contemporains. Nos frères et sœurs en humanité sont aussi visages de Dieu. Aussi, c'est dans cette relation humaine – parfois difficile – que nous avons à rechercher une ingéniosité de méthode. Ainsi, nous pourrons être davantage fils ou filles de Dieu.

C'est d'ailleurs ce que nous dit la prière d'ouverture de ce 24e dimanche qui nous rappelle que « toute la loi de sainteté consiste à t'aimer et à aimer son prochain ». Que cette vérité nous habite tout au long de cette semaine.

Pierre-Baptiste Cordier Simonneau membre de la société de vie évangélique du cœur  de Jésus

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