À vrai dire, se nourrir et avoir un toit sont les deux grands besoins de l’homme. Ils sont des lieux anthropologiques profonds d’où émergent tous nos gestes d’humanisation. Le Deutéronome, 5ème libre du Pentateuque, retrace ce chemin d’humanisation parcouru par les Hébreux, de la terre d’esclavage en Égypte, à la terre promise, Israël. Les étapes traversées conduisent l’Israélite à s’unir plus profondément à son Dieu au quotidien, grâce à l’histoire vécue par ses pères, à l’interdépendance pleine avec la nature, l’étranger, le lévite, dans la reconnaissance et le partage.
À notre tour, prenons ce chemin et repérons, dans notre propre existence, des étapes vécues similaires. Après ce passage du Deutéronome, nous pouvons répondre pour nous-même aux questions et entrer dans un dialogue avec le Seigneur, comme un ami parle à son ami.
Dt 8.03 « Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur ».
La situation évolue, la subsistance n’est plus assurée, plus de relation de servitude, plus d’échange strictement commercial, la crue nudité du désert. Une nouvelle alimentation survient, inconnue, mais qui renvoie au sens profond de la nourriture : la manne. Je ne mange pas que par mon travail d’esclave ou par l’échange commercial. Mais je mange parce que quelqu’un me donne à manger gratuitement dans une relation entre lui et moi qui est appelée à s’approfondir. Manger nourrit mon corps mais peut me mettre aussi en relation avec l’Autre, avec les autres. La parole du Seigneur me fait vivre, alors qu’aucune parole ne m’était adressée en Égypte ou au pays de Hesbon.
Question : Après avoir éprouvé le bien-être de la relation entre le Peuple et son Seigneur, même si elle n’est apparemment qu’à sens unique, je peux me souvenir de moments où j’étais très pauvre et où une présence, une attention gratuite m’a fait un grand bien. Je revis ces moments, ce que ce souvenir peut m’apporter aujourd’hui.
Jean-Luc Fabre compagnon jésuite
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