En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé. Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes. »
J'ai compris de Ben Sira le Sage que le prophète Élie avait encouragé le retour des pères vers les fils. Avec une drôle de manière... L'Évangile invite au retour des fils vers le Père, notre Père. Il ne s'agit plus des pères qui oublient de penser aux générations qui viennent. Cela a son importance, c'est sûr. Non, il s'agit nous tous et chacun, de rechercher et trouver notre Père à tous. Il en est un, Jésus, qui le trouvait sans cesse, en l'appelant "Abba", donc dans une relation de grande proximité. C'est à cela qu'il nous convie : un Père aux entrailles de mère qui se livre à son bien aimé, et par lui à tout un peuple de frères et sœurs, pour que nous le connaissions, nous l'aimions, nous le servions, et l'honorions comme lui-même l'a connu. Nous ne le savons pas mais quand nous disons notre père, c'est toute une alliance qui se découvre et progresse.
Jésus nous apprend la prière juste. Elle accueille les silences, elle les offre. Elle accueille une frustration, le manque. Elle fait confiance à celui à qui elle s'adresse, le Père, notre Père. Elle est tournée vers lui. La première attitude est de sortir de soi pour rechercher Celui qui me crée et veut se donner à moi. Si je ne commence pas par-là, il n'y a pas d'alliance qui s'engage, et il n'y a pas non plus de peuple avec lequel je me sens frère ou sœur. Le prochain n'existe pas. C'est seulement si je recherche le nom, le règne, la volonté de ce Père, donc sa présence vivante et agissante, en moi d'abord et en toute chose, que je peux lui demander le pain de ce jour. La grâce qui suffit. Celle qui me fera passer le jour.
Et s'ouvre alors la relation au prochain, à son peuple. Qu'est-ce que je donne ? Qu'est-ce que l'autre me donne ? De quoi suis-je en dette envers lui ou elle ? Une attention, un service, une patience, un apprentissage, une présence, tout. Pardonner, c'est vouloir sortir du donnant donnant, du je t'aime si tu m'aimes et j'arrête tout sinon. Tu me fais une petite crasse, même inconsciente, je ne vais pas en faire une raison pour arrêter l'élan du départ. Je ne vais pas choisir l'endurcissement et la haine. Délivre-nous du mal, c'est cela que j'ai à demander, que nous avons à demander à la fin du Notre Père. Et bien, notre Père, tu as du pain sur la planche !
Olivier de Framond compagnon jésuite
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