Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16) 1 Co 15, 20-27ª Lc 1, 39-56
Lecture de l'Apocalypse de saint Jean
Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire. Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place. Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »
Marie qui se hâte vers sa cousine Élisabeth ! Marie qui se tient dans les douleurs d’un enfantement ! Marie qui s’enfuit au désert ! L’évangile et l’Apocalypse se rejoignent pour évoquer la figure de Marie comme l'humanité qui chemine vers sa vocation. Avec elle, c'est nous tous, chacune, chacun, qui sommes tirés vers notre vocation. Christian de Chergé le dit à sa manière : « Jour après jour nous découvrons ce à quoi le Christ nous invite : à naître. De naissance en naissance, nous arriverons bien à mettre au monde l’enfant de Dieu que nous sommes ». Marie est notre Mère. Elle nous trace le chemin. Elle nous l’offre en son fils, Jésus. Un jour, même nos « Grands » qui tiennent les rênes de la planète, se découvriront enfants de Dieu. Des humains, enfin ! Mais nous, moi, les gens ordinaires, le sommes-nous ? Il y a encore un grand chemin à parcourir vers notre vocation. Le chemin d’humilité et d’espérance de Marie !
J’aime bien ce récit étrange de l’Apocalypse. Il dit à une autre échelle notre condition humaine qui peine à choisir la vraie joie. Il semble que de tout temps les humains se sont habitués à se battre, à se chamailler, à se centrer sur leurs petits intérêts avant de voir ce qui ferait vivre le prochain, le voisin, la planète. Bien sûr, comme vous peut-être, je m'imagine être meilleur que ces horribles. Dans nos petites histoires pas toujours simples, se joue une autre histoire, celle de l’épreuve de Dieu. L'histoire de son combat avec notre trouble-fête. « Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs d'un enfantement », c'est au présent, en tout cas dans la traduction liturgique. C'est que le combat est toujours en cours. Jean avait un imaginaire étonnant. En fait il fait rejoindre le regard de Dieu et le nôtre, limité. Un dragon dévoreur à 7 têtes et 10 cornes, on n’en voit pas tous les jours. N’empêche que nous errons parfois longtemps, loin de notre Lumière, guide, berger. Un dragon l’a t-il avalé ? C’est le combat du Christ évoqué par St Paul. Les forces de mort qui nous dirigent, extérieures ou en nous, Jésus les traverse sur la croix. Et Marie se tient là. « Oublie ton peuple et la maison de ton père », dit le psaume. Au début je ne comprenais pas. Faut-il oublier son peuple et sa parenté ? Ensuite, j'ai pensé à Abraham, à qui Dieu demande de quitter son pays et la maison de son père. Alors j’entends ceci : « Va vers toi-même. Vers ta vocation. Laisse le vieil homme, épouse ton roi, l'agneau, le Christ ». Marie est allée vers son roi, notre Père.
Alors vient la danse de l'Esprit Saint. C'est celle de Marie partie chez sa cousine Élisabeth ! La danse est initiée entre deux enfants pas encore nés, Jean-Baptiste et Jésus tout à peine conçu. L'Esprit Saint, comme Jésus, la poussera au désert – « la femme s'enfuit au désert », nous dit l'Apocalypse. Le désert de Marie, c'est cette manière d'être et d'agir qui la tient dans le monde et hors de portée du mauvais esprit. Elle est encore au désert au pied de la croix, au milieu de la grande épreuve qu’elle ne fuit pas. Ainsi rejoindra-t-elle son fils, couronnée d'étoiles. C'est elle que nous fêtons aujourd'hui. Marie, Mère de Dieu et notre Mère, bénie sois-tu !
Olivier de Framond compagnon jésuite
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