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Jardinier de Dieu

Jardinier de Dieu

Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


C’est cela vivre le Christ-Roi.

Publié par Bernard Pommereuil sur 21 Novembre 2020, 16:11pm

Catégories : #Evangile_réflexion

Merci à l'auteur de cette image

Nous nous approchons de la fin de l’année liturgique. Les évangiles sont placés sous le signe de la littérature apocalyptique chère à l’époque des évangélistes. Il est facile de faire le rapprochement avec notre époque par une sorte de copier-coller malencontreux. Le Christ-Roi que nous allons fêter bientôt est le vrai roi de notre être intérieur. Nous placer sous son règne, c’est lui préparer la place centrale, le trône. Finis les rêves de grandeur catholique où l’univers est totalement converti, 7 milliards de croyants ... reconnaissants le Christ et notre Dieu comme l’unique Dieu. Les chemins de Dieu sont aussi inattendus que différents. Dieu nous surprendra toujours et ne répondra pas aux présupposés que nous avons construits sur lui et pour lui.

En effet, le chemin du royaume est un sentier fait d’humilité, de pardon, de dépouillement, d’inattendu, de découvertes. Sont laissés, dans le fossé, la toute-puissance, l’esprit de domination, la soif de reconnaissance, la volonté de tout maitriser et de soumettre l’autre, voire soumettre Dieu lui-même à nos désirs.

Le chemin n’est pas une artère royale immense sur laquelle nous avancerions tranquillement, côte à côte, nous tenant par la main pour rencontrer le Seigneur. C’est juste un tout petit sentier, sinueux, pierreux, longeant parfois des précipices. Chacun doit le parcourir dans le silence de son cœur. Il n’y a pas de recettes car chaque chemin est différent. Cependant, pour tous, à son extrémité,  il y a une porte de bois vermoulu. Elle s’ouvre de notre côté car le Seigneur ne commet pas d’intrusion intempestive. C’est toujours une invitation qu’il nous fait, à nous de répondre quand il frappera à notre porte.

La prière est la poignée de la serrure mais c’est grâce à l’Esprit-Saint venu à notre secours que la clenche cède et que la porte s’ouvre. La prière c’est vivre un temps qui n’est plus maitrisé par notre esprit organisateur ou vagabond. Le silence devient la musique intérieure qui se murmure le long du couloir qui conduit au trône du Christ. Entrons en nous-mêmes pour fêter le Christ-Roi. Confinés ou pas, dans notre chambre ou notre salon, devant un paysage, ou dans un oratoire ouvert, sur un parking de supermarché assis dans sa voiture ou simplement dans la rue regardant les visages des passants, tout est possible pour laisser entrevoir le trône de notre Seigneur.

Si nous n’y parvenons pas, laissons-nous aller au regard d’amour pour les autres et grâce aux autres, c’est une autre voie possible. Car aimer Dieu et aimer l’autre c’est la même chose de telle sorte que le chemin vers Dieu et celui vers l’autre se superposent au point de n’être que le même. Etrange mouvement qui nous convie à avoir en apparence deux portes à ouvrir alors qu’en réalité elles sont une seule et même porte, celle qui conduit au trône du Christ.

Car ce trône se découvre dans les petites choses de la vie quotidienne. Cette présence ne se trouve pas dans un état de transe, de visions, d’exaltations émotionnelles mais dans le silence, dans une rencontre, un coup de téléphone, l’émerveillement d’un paysage, d’un arbre, d’un oiseau ou tout autre chose.

Ouvrir la porte c’est laisser pénétrer la lumière intérieure dans les petits gestes que nous réalisons, aussi humbles soient-ils, car il n’y a pas de grands et beaux actes pour Dieu mais des actes qui se font en présence ou non du Seigneur, avec lui et par lui.

Ouvrir la porte c’est laisser pénétrer la lumière divine dans tous nos recoins obscurs et cachés, recoins que nous avons dissimulés pour essayer de nous présenter bien mieux que nous sommes devant le Seigneur. Hélas pour nous, devant lui, pas moyen de tricher !

L’évangile de mardi racontait l’histoire de Zachée (Lc 19, 1-10). Rappelons-nous cette phrase : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » N’est-ce pas un appel à ouvrir notre porte. Je vous propose de creuser un autre épisode de l’évangile de Luc : l’épisode de Marthe et Marie en Lc 10, 38-42, la venue de Jésus dans la maison de Marthe et Marie.

« Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut. Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. » Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »

Ce texte illustre bien la place de ce Seigneur intérieur. On ne sait pas comment s’est passée l’invitation. Marthe l’a-t-elle vu sur le chemin, le connaissait-elle avant, Jésus a-t-il frappé à sa porte, le texte ne nous dit rien. On peut imaginer qu’il y a de l’improvisation dans cette venue de Jésus chez Marthe et Marie. C’est la même chose pour nous. Car le Seigneur est toujours dans l’inattendu. Dans ce cas, pour une maitresse de maison qui veut avoir une bonne réputation, il faut que tout soit au point ; cuisine, propreté, espace de vie etc… Son intérieur doit être nickel. On imagine son agitation et la cascade de « choses à faire »… Et voilà que Marie passe son temps à écouter Jésus. Insupportable pour Marthe ! Regardons maintenant les visages des trois personnages de la scène : une Marthe affairée, debout, traduisant la peur d’un jugement de Jésus au cas où un petit détail ne serait pas au point ; Marie à terre, au pied de Jésus buvant ses paroles comme du lait maternel, le dévorant de ses yeux avides et ne se souciant pas des tâches ménagères ; Jésus, assis, offrant sa parole mais observant intérieurement Marthe et Marie. Il n’est pas venu avec un cadeau puisque c’est lui le cadeau. Il voit avec force ce qui sépare Marthe et Marie. Marthe va jusqu’à donner un ordre à Jésus ! Il ne juge pas Marthe mais ne répond pas à sa demande. Il attend d’elle qu’elle se recentre sur l’essentiel, sa parole qu’il donne sans compter en nourriture, car elle peut transformer son service en étant dans l’écoute des paroles de Jésus. Marthe n’est pas prête à le faire, préférant s’affairer aux tâches de la maison au lieu de transformer celles-ci en rencontre personnelle avec lui. Elle est tout sur le paraitre pour le bien de Jésus, pense-t-elle, mais aussi pour la réputation de sa maison. Ne la jugeons pas, nous aurions peut-être fait pareil.

Marie a la bonne place, « elle ne lui sera pas enlevée ». C’est Marie qui nous intéresse maintenant. Elle s’est installée immédiatement aux pieds de Jésus, comme si elle était habitée par une certitude intérieure : il a quelque chose à lui dire à elle personnellement. Intuition fondatrice et nourricière pour elle. Pas de discours, pas de questions, pas de demandes, juste une place humble par terre. Son attention est toute tournée vers ce que dit Jésus. On imagine son sourire et son regard pétillant. Marie est le disciple du moment par excellence sans l’avoir cherché, même si elle laisse Marthe faire le service toute seule. Elle réalise la volonté de Dieu dans l’instant présent. C’est elle qui va nous accompagner pour nous placer devant le Seigneur, à ses pieds, dans la simplicité du cœur pour vivre une rencontre inouïe, unique, irremplaçable.

C’est cela vivre le Christ-Roi.

Bernard Pommereuil

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