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Jardinier de Dieu

Jardinier de Dieu

Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


Je suis qui je suis

Publié par Père Roland Cazalis sur 23 Mars 2019, 14:15pm

Voilà un texte très emblématique,  qui a l’avantage d’être très visuel.
 
Un buisson qui brûle et qui ne se consume pas.  La lumière attire le regard ; les yeux ont été créés pour cela : voir !
 
Dieu confirme à Moïse que ce lieu est un lieu sacré. Ôte tes sandales !
 
Cette tradition sémite est encore vivante en Islam, à cause des impuretés que portent les chaussures. Donc, on ne peut pas prier ou fouler un lieu saint, avec des chaussures impures.
Ici, nous avons une nouvelle dimension dans la révélation de Dieu.
D’abord, il se présente comme le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, D’Isaac et de Jacob.
 
Par-là, il mobilise la mémoire et la foi de Moïse. C’est ainsi que le peuple connaît Dieu.
Dieu vient à Moïse pour une mission très spécifique qui aura deux conséquences :
  • Sortir le peuple de leur état de souffrance et de servitude.
  • La véritable création du peuple par le passage de la mer rouge.
L’intervention de Dieu est toujours salvatrice. Soit en se faisant connaître à quelqu’un en particulier et pour lui-même, soit pour sauver.
 
L’image de Dieu est contaminée par le rapport que les hommes ont avec les dieux dans le polythéisme de la Mésopotamie ancienne qui est la religio de l’époque. Il faudra beaucoup de temps pour rétablir la vérité de l’image, et c’est le Christ qui le fait en personne.
Mais Isaïe, Jérémie et les autres avaient déjà beaucoup contribué à cette œuvre. L’image n’est toujours pas entièrement rétablie, car le mal qui arrive à l’innocent questionne toujours négativement la compréhension de la réalité de Dieu.
Comment agit-il ? Pourquoi n’agit-il pas ? Où est-il ? Pourquoi permet-il tel événement ? Etc.
A ce propos, Jésus tient à signaler que les Galiléens qui ont été massacrés par Pilate et les malheureux qui ont péri suite à l’effondrement d’une tour ne sont pas morts parce qu’ils étaient plus pécheurs que les autres. En d’autres termes, ils n’ont pas été punis par Dieu.
Jésus leur parle de conversion, comme les prophètes l’ont toujours fait, pour leur signifier qu’ils filaient un mauvais coton, et que s’ils continuent sur cette voie, ils risquent fort de faire une sortie de route.
La conversion ici consiste à revenir dans la vérité du monde de la vie, dans celle de la justice, car le monde de la vie a ses lois.
Jésus suggère avec la parabole du figuier, et en traduisant dans le langage d’aujourd’hui, que la conversion fait une différence ou qu’être croyant doit faire une différence dans le monde, sinon, il n’y a pas de conversion.
En conséquence, s’ils cherchent un chemin éminent menant à la vie réussie, la rencontre de Dieu fait entrer en dans le monde de la vie avec toutes ses dimensions.
 
Dieu se présente à Moïse comme celui qui a déjà initié une histoire avec les pères du peuple.
Moïse va un peu plus loin dans le questionnement. Moïse lui demande, quel est ton nom, en formulant la question par un détour, comme il a fait un détour pour voir cette chose extraordinaire qu’est un buisson qui brûle sans se consumer.
 
Il dit, ce n’est pas moi, c’est le peuple qui risque de me poser la question, alors que dois-je lui dire ?
 
Dieu donne cette réponse : «EYE ASHER EYE“.
Chouraqui propose « je serai qui je serai ».
Le rabbinat propose « je suis l’être invariable ».
Les chrétiens proposent  « je suis qui je suis » ou « Je suis ».
 
Bref, on est entre le présent et le futur, un futur invariable, un futur constant, voilà pourquoi on le reconnaît.
 
Cette réponse suggère également ce qu’est Dieu en lui-même, indépendamment de ce qu’il fait pour le peuple, ou ce qu’il veut faire, ou ce qu’il est par rapport au peuple.
 
Ce qu’est Dieu en lui-même ouvre un nouvel espace à découvrir, un nouvel univers d’invitation à ceux qui s’intéressent à Dieu pour lui-même.
La question de Moïse à Dieu aura un pendant dans le Nouveau Testament, à savoir, la réponse de Pierre à la question du Christ, « pour vous, qui suis-je ? ». Pierre répond, « tu es le Christ ».
Et Jésus lui fit la révélation : « tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon Église, et les puissances de mort ne la détruiront pas ».
 
Avec l’épisode du buisson ardent, la structure est inversée. C’est Moïse qui est demandeur. Il exprime le désir d’un connaître davantage.
En même temps, c’est la confirmation qu’il est l’homme qu’il faut envoyer, comme Pierre sera celui sur qui Jésus pourra compter pour prendre la tête de l’Église naissante.
Moïse est envoyé vers la mission extérieure, en l’occurrence chez Pharaon.
 
Le « Je suis » ouvre la mission vers l’intérieur, vers l’expérience du « je suis ». Le « Je suis » de Dieu à Moïse inaugure précisément le temps de la rencontre ».
 
Il faudra attendre la Pentecôte pour que le croyant qui veut davantage s’engage dans la voie de la rencontre, commence le récit de son existence, qui comme tout récit, est le véhicule qui part à la recherche de l’absent. L’absent est Dieu en lui-même et pour lui-même. C’est par grâce que se produit la rencontre.
 
En conclusion, par rapport au monde de la vie, ou par rapport à l’expérience de Dieu, il ne faut confondre la fiction qui consiste à connaître des choses sur Dieu ou sur la vie, -fiction qui permet à des théologiens et à d’autres de deviser sur Dieu, - et l’expérience de Dieu ou la rencontre qui est la grâce permettant de dire « je suis ».
Père Roland Cazalis
Ex 3, 1-8a.10.13-15 ; Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 6-7, 8.11 ; 1 Co 10, 1-6.10-12 ; Lc 13, 1-9
Merci à l'auteur de cette photo
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