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Jardinier de Dieu

Jardinier de Dieu

Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


Tu aimeras le seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit

Publié par Père Roland Cazalis sur 3 Novembre 2018, 17:14pm

Catégories : #homelie_cazalis

Les textes du jour nous font sentir le processus dans lequel l’observant de la Loi est appelé à enter. Celui doit, en effet, passer de la Loi écrite à la Loi vivante, une Loi ayant un visage et une voix, avec x ou e final, au choix.
Nous pourrions presque dire que cela ne nous concerne pas tellement, car il nous a été donné de connaître directement la Loi vivante, de connaître le Vivant. De ce fait, nous n’avions pas à nous attacher à un corpus juridique.
Alors, que pouvons-nous retenir pour nous-mêmes, une fois mis de côté ces histoires de grand prêtre, de victime offerte et de sacrifice, une pratique si tenace dans l’histoire de l’humanité que nous n’en sommes toujours pas parvenus à nous en émanciper.
Cette prégnance vient de la logique de rétribution qui veut que l’on doive donner quelque chose à Dieu en échange quand on reçoit quelque chose de lui. Cette logique dure jusqu’à ce que l’on comprenne que l’on ne peut rien donner à Dieu en échange qui soit réellement valable, car ce n’est pas sa logique, mais une logique humaine. En revanche, Dieu accepte et respecte la manière de faire humaine du moment, en attendant qu’elle comprenne que la justice divine est tout autre.
Il nous faut passer à une attitude qui vous engage personnellement, corporellement, affectivement, intimement ! Là, nous commençons vraiment à jouer.

Alors, que pouvons-nous retenir pour nous-mêmes, nous qui ne professons pas le judaïsme ?

« Tu aimeras le seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit ».

L’amour ne supporte pas les injonctions ni les sacrifices d’ailleurs.
Il est suggéré que nous devrions parvenir à cette affection pour Dieu dont parle le commandement.
Dieu, c’est d’abord un rapport affectif ! Mais pour cela, pour parvenir à cette expression, à cet état d’âme, sans tomber dans le piège de l’amour propre, c.-à-d. d’aimer l’image de soi-même, ou d’aimer les textes, d’aimer la liturgie, d’aimer à jouer au grand prêtre ; c’est d’ailleurs la raison d’être du choix de vie de certains…
En effet, tout ce théâtre ne donne pas Dieu. Pour éviter ce genre de méprise, il nous faut connaître un visage qui nous déprend de nous-mêmes, un visage marqué par le bien, par la compassion, par le souci du peuple, et vers qui nous pouvons nous tourner et exprimer notre affection. Ce visage, c’est le Christ !
Par expérience, nous savons que si l’affection pour le Christ commence à croître en nous, alors il advient aussi que, dans le même mouvement, l’affection se développe ou plutôt s’étend à ceux qui ont aussi de l’affection pour le Christ. Elle s’étend à ceux qu’il sauve, à ceux qu’il appelle à la vie.  Et si l’on n’y prend pas garde, cette affection risque de s’étendre à l’humanité entière !
Les deux commandements ne forment donc qu’un seul et même commandement.
Bien entendu, il y a beaucoup de rosses dans l’humanité, et elles font obstacle à cette expansion de l’amour. Néanmoins, leur manœuvre ne suffit pas à nous faire perdre notre espérance.

Les exhortations se nomment « commandements ». En réalité, il ne s’agit pas de choses à faire ni d’ordres à exécuter. Il s’agit plutôt de réalités que nous découvrons.
Ainsi, un jour, nous découvrons que nous aimons l’humanité, et il est trop tard pour faire marche arrière!

Autre chose, Jésus dit au scribe qui avait bien répondu à la question : « tu n’es pas loin du royaume des cieux ».
Autrement dit, tu saisis bien la logique profonde des commandements. Mais, tu as encore du chemin à faire, non pas pour passer de la compréhension à la pratique effective, mais pour passer de ce savoir de la tête au fait de laisser l’affection pour Dieu se déployer en toi.
Là, ce n’est plus tellement une question de vélocité mentale, mais de désir et de pâtir Dieu.

Une remarque s’impose ici. Il n’a jamais été dit qu’il faille mettre son cerveau en stand-by, en mode arrêt, pour aimer Dieu ! Il ne s’agit pas de cela. Néanmoins, il ne faut pas confondre le don et l’intelligence du don. Comme disait un prêtre : « je ne prie pas, mais je suis très bon orateur sur la prière ». Voilà la perversion qu’il faut éviter et éviter de s’y complaire.

Alors, dans la dynamique qui nous mène à cette affection pour Dieu, surgit un paradoxe.
Nous découvrons les autres éléments de la litanie des commandements tels des souhaits toujours déjà tapis au fond de notre cœur, comme si le décalogue n’était en fait qu’un miroir pour nous faire découvrir notre nature profonde, pour nous faire découvrir notre vrai visage.

Il nous faut du temps pour accepter d’être aussi beau ! Surtout quand nous avons pris l’habitude de fricoter avec la laideur.
En somme, laisser l’affection pour Dieu se déployer en moi, c’est ipso facto laisser la beauté se déployer en moi.
Voilà donc le programme du jour.

Père Roland Cazalis.
Dt 6, 2-6 ; Ps 17 (18), 2-3, 4, 47.51ab ; He 7, 23-28 ; Mc 12, 28b-34

 

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