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Jardinier de Dieu

Jardinier de Dieu

Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


2e dimanche de Carême, année B

Publié par Père roland Cazalis sur 24 Février 2018, 20:25pm

Catégories : #homélie_cazalis

Ces textes nous sont très connus, mais la bonne nouvelle c’est que nous ne sommes jamais tout à fait les mêmes et que nous entendons les textes dans notre actualité.
 
Nous avons loué la foi d’Abraham ou la soumission d’Abraham à la demande de Dieu ; tout dépend de notre manière de lire le texte et de ce que nous laissons de côté.
 
Notre approche de Dieu dans le christianisme est très différente. Notre relation à Dieu n’est pas de l’ordre de la soumission, ou de l’obéissance aveugle sur des choses que nous ne comprenons pas. Elle est de l’ordre de l’invitation, de la suggestion, et c’est forcément une invitation au monde de la vie.
 
Il n’est pas interdit d’arguer que, dans le contexte de la culture mésopotamienne dont le texte est issu, le sacrifice humain pouvait avoir cours dans certaines circonstances dans le cadre de la religion civique du peuple d’alors, comme on a pu avoir des cas dans la religion civique romaine.
 
Il n’est pas interdit de penser que ce texte a aussi pour objet de se démarquer de ce contexte de la transaction qui est le fondement de la religion civique. Mais dans le cas d’Abraham, il n’y a même pas de transaction. Il s’agit d’une demande un peu gratuite, sans objet apparent, simplement pour honorer Dieu.
 
C’est d’ailleurs l’un des trois motifs pour lesquels on offrait un sacrifice : honorer le divin, se purifier d’une faute, obtenir une faveur.
 
Ici, le Dieu des Hébreux ne demande pas de sacrifice, ou ne demande plus de sacrifice, même s’il a fallu patienter pour que le peuple comprenne que ce n’est pas cela qui plait à Dieu, et encore moins de sacrifice humain.
 
La relation à Dieu est de l’ordre de la foi, de la confiance. Cela est dit dans le geste d’Abraham, même si cela est très mal dit, car il y a une mise à l’épreuve, une sorte de défi qui brouille les pistes.
 
Dans la même idée de la nouveauté, ce récit anticipe également et prévient toute mécompréhension d’Abraham sur Dieu au cas où il serait tenté de rendre grâce à Dieu à la même hauteur que le don qu’il lui a été fait.
 
Le don est par définition gratuit. Si l’on veut rendre à Dieu la pareille, alors on annule le don et Isaac disparaît.
 
Mais l’auteur biblique est conscient que ce nouvel ordre, cette révolution mentale, est seulement à ses débuts ; elle est même incompréhensible pour l’époque. Abraham va donc quand même faire un sacrifice, en utilisant un bouc qui passait par là.
 
Pour preuve, la prégnance du rituel sacrificiel est si forte que le texte de Paul dit que Dieu a livré son fils, qu’il l’a sacrifié, alors même que le psaume nous rappelle que «  tu ne voulais ni holocauste, ni sacrifice, alors j’ai dit voici, je viens ». Voilà une parole que nous pouvons mettre dans le sens de la kénose du Christ sans nous tromper.
 
Si nous scrutons le vocabulaire que nous utilisons, nous verrons que nous utilisons des tas de termes issus du rituel sacrificiel de la religion civique romaine, alors que celle-ci a cessé il y a plus de 1500 ans. La prégnance de cette manière de faire et de comprendre le divin est très donc tenace !
 
Pour preuve, nous utilisons toujours les termes « d’expiation », comme au bon vieux temps pour obtenir la paix avec les dieux pour une faute réelle ou imaginaire. Nous utilisons le verbe « inaugurer » qui fait explicitement référence au collège des augures et leurs auspices. Notre célébration est d’ailleurs bâtie sur le même modèle, la préface, l’immolation ou consécration, puis le temps du repas.
 
Pourtant, nous voyons que dans la transfiguration, nous sommes loin, très loin de la soumission et du sacrifice ! Nous sommes plutôt dans l’apothéose, où les hommes sont mis avec Dieu, à côté de Dieu, pour ceux qui ne s’étaient pas encore rendu compte comme les trois même, Pierre, Jacques et Jean, qui sont les bénéficiaires de cette révélation.
 
Dans la figure d’Abraham, il faut voir aussi le peuple. La multitude doit faire sa révolution mentale pour se mettre en phase avec l’actualité de Dieu. La bonne nouvelle c’est que les chrétiens doivent également achever leur révolution mentale pour être totalement en phase avec le visage de Dieu qui nous a été révélé.
 
Que vienne ce temps.
 
Amen.

Père Roland Cazalis

 

Gn 22, 1-2.9-13.15-18 ; Psaume [115 (116b), 10.15, 16ac-17, 18-19] ; Rm 8, 31b-34 ;  Mc 9, 2-10

 

 

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