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Jardinier de Dieu

Jardinier de Dieu

Pourquoi ce nom ? Un de nos jésuites va vous répondre


Dimanche 20 septembre 2020 - Dans la vocation chrétienne, il n’y a pas de place pour jouer un personnage.

Publié par Roland Cazalis, compagnon jésuite sur 19 Septembre 2020, 15:47pm

Catégories : #homelie_cazalis

Quand nous prêtons attention à ce qui est dit dans les trois textes qui nous sont proposés, alors nous prenons la mesure de la bifurcation qui se produit entre le chemin de Dieu et le chemin dans lequel nos déterminations ont tendance à nous orienter.
 
La parabole de l’évangile nous laisse un peu perplexes. D’un côté, nous sommes d’accord avec l’argumentation du maître de domaine lors de la paie. Mais de l’autre, nous comprenons l’argument des premiers embauchés, car notre conscience est formatée dans la justice sociale, et c’est une bonne chose.
 
Il nous faut donc conserver ce réflexe de justice ou d’équité, ainsi que le réflexe d’indignation quand nous pensons que la justice est bafouée.
 
Pourtant, il n’y a pas d’injustice dans notre cas de figure, car le contrat de travail est respecté.
 
Sans doute, ce que réclament les premiers embauchés, c’est une gratification à la hauteur de la gratification accordée aux derniers embauchés. Le calcul est simple : leur salaire correspond au temps travaillé, soit une heure + la gratification qui amène ce salaire à hauteur de celui des premiers embauchés.
 
Or, concernant ces derniers embauchés, il ne s’agit pas d’une gratification, mais de miséricorde.
 
Ce qu’ils reçoivent ne correspond pas à ce qu’ils ont fait, car ils n’ont pas fait grand-chose par rapport aux premiers embauchés ; ce qu’ils reçoivent correspond à ce qu’ils sont.
 
Ce qu’ils sont, nous en avons une petite idée, des laissés-pour-compte de la vie ; néanmoins, c’est Dieu qui connaît leur vraie mesure.
 
Il n’est pas nécessaire de faire miséricorde à celui qui n’en a pas besoin. Celui-ci d’ailleurs ignore sa grâce et devient envieux ; son regard devient mauvais à l’expression de la miséricorde envers l’autre, car il ne comprend pas ce comportement.
 
Quand on reconnaît sa grâce, d’avoir été gratifié par la nature, comme on dit, par une aptitude quelconque, par un talent quelconque, pour le simple fait d’être une personne capable de se débrouiller dans la vie, alors cette prise de conscience nous amène à une prise de décision fondamentale.
 
Pour faire simple ou caricatural, si cette grâce me donne l’impression d’être l’auteur de moi-même, d’être ma propre source, que je ne dois rien à personne et que c’est ce talent qui me rend supérieur aux autres, alors cela me fait prendre une certaine direction dans la vie.
 
Alors, je peux être amené à réclamer des gratifications pour l’excellence de mon œuvre, qui peut effectivement être excellente, et reconnue comme telle par mes pairs. Ces derniers vont d’ailleurs réclamer pour moi des prix, des distinctions, car je les mérite.
 
Si au contraire, la grâce m’amène à rendre grâce, à reporter ce que je suis à celui que je considère comme l’auteur de la grâce, alors, cela m’amène à entrer peu à peu dans un chemin paradoxal qui est celui de Dieu.
 
C’est le chemin de miséricorde, le chemin qui m’amène à ouvrir les yeux et à regarder les autres avec les yeux de Dieu. Alors, celui qui a faim et soif de miséricorde, de compassion et toutes les valeurs paradoxales que les béatitudes mettent en avant ne peut échapper à mon regard.
 
Dans ce chemin qui n’est pas la voie commune, on est moins prompt à réclamer des gratifications, même si on les mérite. On est plus sensible à la miséricorde, à donner, car on a conscience que la grâce reçue, la grâce initiale est suffisante.
 
Je deviens un ouvrier de la grâce, et cela devient mon secret, ma consolation, car c’est d’ailleurs à cause de la grâce que je suis dans ce chemin.
 
 
Ceux qui sont dans le chemin plus conforme à nos déterminations humaines, qui sont sensibles à l’équité des traitements, reçoivent leur dû et c’est justice, car tout travail mérite son salaire. Ils ont leurs récompenses.
 
Le chemin paradoxal de la grâce me tourne invariablement vers les autres, et me rend particulièrement sensible aux plus vulnérables, mais pour les aimer.
 
 
En ultime instance, la mission de la grâce c’est de porter, de transmettre l’amour de Dieu à ceux vers qui elle me tourne. Je suis le messager de l’amour ; mais si Dieu aime les autres dans ma chair, c’est vraiment moi qui aime également.
 
L’Incarnation abolit la distance qui pourrait exister entre le messager et le message d’un autre dont il n’est que le porteur.
 
Donc, si par hasard, je ne parviens pas à aimer ceux vers qui la grâce me tourne et que je me contente d’exercer ma puissance auprès d’eux, — car je suis aussi puissant que ceux de la voie commune —, alors je ne suis qu’un fantôme qui s’agite dans tous les sens.
 
Voilà ce que Saint Paul disait aux gens de Corinthe, car dans la vocation chrétienne, il n’y a pas de place pour jouer un personnage.
Roland Cazalis, compagnon jésuite
Is 55, 6-9 ; Ps 144 (145), 2-3, 8-9, 17-18 ; Ph 1, 20c-24.27a ; Mt 20, 1-16 
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